Les vivants qui s’occupent des morts

Valérie Langlois

Nous mourrons tous. Certains sont terrorisés par la perspective de s’éteindre, d’autres s’en foutent éperdument, sauf que la mort est une finalité inévitable. Nous y passerons tous, et nous finirons tous soit dans un cercueil, enterré, ou bien en cendres, dans une urne. Entre temps, un expert de l’embaumement se sera occupé de laver la dépouille et de la préparer en fonction de ce qui aura été choisi par le défunt. Cet expert, on l’appelle thanatologue.

Ce qu’Eduardo Lucatero aura voulu démontrer avec son documentaire Les Vivants, c’est que la profession de thanatologue n’est pas réservée qu’aux obsédés de la mort, ou à des gens tristes et morbides. Durant 77 minutes, quatre aspirants à la profession discutent de leur parcours, de leur perception de la mort et de leurs projets futurs. Il ne s’agit pas d’un documentaire sur les techniques d’embaumement ou sur les procédures effectuées sur les dépouilles. Il s’agit d’un voyage au cœur du monde des vivants qui décident de consacrer leur vie aux défunts, afin de leur redonner un peu de dignité dans la mort.

Au total, quatre témoignages différents auront été retenus : Ceux de Carolane et de Sophie, deux amies nous venant du Saguenay-Lac-St-Jean pour étudier à Montréal, celui de Pierre-Maxime qui rêve de devenir un expert dans son domaine et celui de Rachel, qui, en rencontrant un beau propriétaire de salon funéraire, a décidé d’effectuer un retour aux études en thanatologie. Ce sont eux qu’on suivra durant leurs études et même après, lorsqu’ils auront trouvé un emploi. Tous les quatre entretiennent une passion face à leur futur métier, mais pour des raisons différentes. Il peut s’agir de l’aspect artistique, ou bien de l’aspect psychologique présent lorsqu’on retrouve face à face avec ceux qui restent.

Ce qui frappe, dans ce documentaire de Lucatero, c’est la relation sereine qu’entretiennent les étudiants avec les défunts. Les corps avec lesquels ils travaillent sont pour eux des frères humains et non pas qu’un simple outil de travail. Certains leur parlent, comme c’est souvent le cas pour Rachel. Dans chacun des témoignages transparaît le désir de rendre plus facile le deuil des familles et de donner aux défunts la possibilité de retourner à la terre avec dignité. Certains auront été très malades, ou bien auront été victimes d’un grave accident, les rendant ainsi méconnaissables, et c’est en reconstruisant la dépouille pour se rapprocher de ce qu’elle avait l’air de son vivant, que les thanatologues interviennent.

Le film se conclut avec l’intégration des quatre étudiants sur le marché travail, alors qu’ils se sont tous trouvé un emploi. Carolane et Sophie sont retournées dans leur région natale, Pierre-Maxime, lui, réside et travaille à temps plein dans un complexe funéraire de la région de Québec. Quant à Rachel, elle est maintenant en mesure d’aider plus efficacement son conjoint dans ses tâches quotidiennes.

Ce regard sur ces vivants qui s’occuppent si bien des morts est rafraichissant et nous montre le côté humain du métier. Bien que le sujet touché soit lourd, le réalisateur parvient, à travers les mots des étudiants, à transmettre cette fascination qu’ils ont pour leur profession, en faisant presque oublie la peur de la mort.

Dans la catégorie: Culturel

Mots-clef: , , , , , , , , ,

Répondez




Afin d'ajouter une photo à vos commentaires, veuillez obtenir un identifiant Gravatar.