En visite chez Tchaïkovski

Martin Prévost

Jeudi dernier, à la Maison Symphonique, c’est dans une formule appelée  Au-delà la musique que l’Orchestre symphonique de Montréal présentait la Symphonie no. 4 de Piotr Ilyitch  Tchaïkovski. Il s’agit d’une approche éducative de la musique classique qui vise à introduire cette dernière aux néophytes. Un peu plus de la moitié de la soirée était consacré à une présentation dramatique de l’œuvre et c’était trop, à mon avis. N’y a-t-il pas un déséquilibre lorsque que l’introduction est plus longue que l’œuvre?

On pouvait même percevoir une certaine contradiction dans le choix de l’œuvre associée à la formule, car la quatrième symphonie du grand compositeur romantique russe est particulièrement expressive et facile d’accès. Quoi qu’il en soit,  les extraits de l’œuvre présentée en première partie ne faisaient qu’augmenter notre hâte que l’entracte soit passé.

La présentation dramatique combinait donc des extraits de l’œuvre au programme, des extraits aussi d’autres œuvres du répertoire classique qui dessinaient le contexte historico-musical, des projections visuelles et, surtout, une narration et une interprétation. Ces deux dernières étant interprétées respectivement par Georges Nicholson, chroniqueur musical et Gilles Renaud, comédien. À part quelques manques de synchronisation avec l’orchestre, Monsieur Nicholson s’est montré particulièrement éloquent, suave et passionné. N’était-il pas comédien lui aussi?

Le choix de l’iconographie présentée sur grand écran était intéressant et assez représentatif des préoccupations du compositeur : la riche et chaude nature mélancolique du terroir russe et le dénuement du monde paysan d’avant la révolution.

Pour le mélomane que je suis, le plus attrayant de cette présentation demeure certainement la prestation de l’orchestre, sous la férule du chef Jean-François Rivest. On a vu là une équipe attentive et sur le qui-vive, prête à passer d’un extrait à l’autre, sans coup férir et parfois, pour seulement quelques secondes. Cela, je l’ai déjà dit, nous rendait impatients d’entendre l’œuvre au complet.
Et notre patience a été grandement récompensée. Toute la fougue,  l’intensité, la rage de vivre du tourmenté compositeur, ont éclaté à nos oreilles dans une orgie de cuivres retentissants, de tempétueuses timbales, de cordes vives et exaltées.

Cette œuvre de Tchaïkovski, c’est un livre ouvert et, ce soir-là, l’OSM en était son éclairage. La vivacité de l’orchestre, la fougue et la rigueur du chef, la sublime résonance de la salle ont fini de combler l’auditoire.

Dans la catégorie: Culturel

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