Bancs d’essai internationaux : cinq perceptions sur le corps et l’esprit
Émilie Plante
Tangente, laboratoire de mouvements contemporains, termine sa saison 2011-2012 par ses habituels bancs d’essai internationaux. Projet de biennale en partenariat avec d’autres organismes voués à la danse et qui se sont donnés comme mission de faire rayonner le travail d’artistes innovateurs, la mouture 2011-2012 propose cinq univers parallèles, cinq créations où le corps exprime diverses réalités intérieures.
Présenté en première mondiale, Unattaching, de Tanja Råman et Dbini Industries (Pays de Galles), est un duo qui se penche sur la dynamique de la rupture dans une relation homme-femme. Les mouvements, reproduits sur un écran au fond de la scène, font écho à ceux que les danseurs exécutent. Les élans du corps se donnent à voir de manière très personnelle, symboles d’un discours intérieur visant à la fois à se remettre en question et à se persuader. À travers un travail qui met l’accent sur les mouvements de bras et du torse, ainsi que sur la distanciation entre les deux danseurs, Råman a voulu évoquer les déchirements et la prise de conscience lorsqu’une union se dissout. Au gré d’une musique quasi euphorisante, la complexité du jeu sur l’espace et les sentiments de chacun se traduit par une chorégraphie qui touche et fascine.
Babacar Cissé, de la compagnie Les Associés Crew (Bordeaux, France), présente quant à lui trois extraits de la pièce Le syndrome de l’exilé, qui incarne des thèmes liés au départ et à l’exil. Cissé, qui nous raconte les voyages de l’âme et du corps dans des extraits empreints d’une théâtralité manifeste, nous offre différents registres qui vont du cheminement intérieur, à la perception de l’autre ou de ses propres choix, en autant de facettes dansées. Le danseur, doté d’un indéniable talent d’exécution, impressionne par sa capacité à interpréter tous les types de danse (même sur une scène couverte d’eau!).
Dans une adaptation d’un spectacle présenté à Tangente en 2010, Maria Kefirova, Montréalaise d’origine bulgare, se questionne sur la perception du corps. Dans Corps.Relations, l’artiste examine, jusque dans d’imperceptibles détails, une dualité qui ne peut normalement pas se voir concrètement. En contrepoint d’une vidéo qui diffuse en continu ses pensées, elle se plie à des gestes quotidiens ou des exercices physiquement exigeants. Le corps et l’esprit deviennent ainsi deux entités distinctes. Corps.Relations est une performance qui oscille entre l’intellect et le physique, teintée par moments d’un humour sensible et d’une touche d’autodérision.
Bianconido, du Turinois Daniele Ninarello (Italie), est une courte pièce à saveur énigmatique. Également en première mondiale, cette chorégraphie évoque un espace blanc, d’une blancheur quasi paranoïde. Il s’agit en outre d’une rencontre entre l’espace, le temps et le corps. S’inspirant des toiles de Francis Bacon, l’exploration chorégraphique de Ninarello se déploie comme autant de gestes de fuite, d’isolement et de folie. Très gestuelle, cette chorégraphie s’avère également plus difficile d’approche, peut-être parce qu’elle fait écho à nos propres instants de folie ou alors par son univers sonore calqué sur les bruits d’un quotidien qu’on ne saurait décrire en mots.
Finalement, The Fifteen Project est une création d’Arno
Schuitemaker, originaire d’Arnhem (Pays-Bas). Il s’agit d’un duo qui tire sa source d’une plus longue pièce composée de quatre danseurs, revisitée de manière à présenter en quinze minutes les conclusions d’une question que se pose le chorégraphe : comment parvenons-nous à établir un lien avec ce que nous voyons? Sur scène, les deux danseurs entretiennent un rapport très étroit avec la foule, qu’ils percent du regard. Ils se livrent en quelque sorte un combat, d’abord avec leurs mains qui, tour à tour, montrent des points à l’horizon et se désignent du doigt, avant d’entamer une lutte des corps qui entrent en relation dans un chassé-croisé performatif. Une chorégraphie vivifiante!
La tournée, dont le point de départ est à Montréal, présente jusqu’au 12 mai prochain cinq approches différentes de la danse. Sur la petite scène du Studio Hydro-Québec du Monument National, les artistes sélectionnés pour les bancs d’essai internationaux 2011-2012 offrent des perspectives intéressantes de leurs cheminements personnels respectifs.
Dans la catégorie: À la une • Culturel
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