Laissez vos mouchoirs à la maison
Jeanne Dagenais-Lespérance
Curieux phénomène que cet Emovere d’Éric Jean et de Pascal Chevarie : une odeur de robe un peu moisie dans sa boîte de carton se mêle au sable d’une valise de voyage, une danse mélancolique s’exécute sur l’air d’un vinyle de Janis, et une grossesse se teste sur un canapé sale. Les souvenirs véritables et fictifs des comédiens se tissent sur scène, formant une toile certes intéressante, mais bien loin de l’émotion forte promise par le titre.
Utilisant l’image de Pompéi ensevelie sous les cendres comme point de départ créatif, Eric Jean avait invité en 2011 les comédiens à un atelier de création de deux jours touchant les thèmes de la filiation, de l’héritage et du sens du passage éphémère de l’humain sur cette planète. En a émergé une multitude de récits à demi-improvisés qui s’imbriqueront pour former la pièce finale. Chacun usera d’une technique de narration personnelle, allant de la danse au chant, en passant par la simple confidence au micro. Ils se retrouveront liés ultimement principalement par l’espace performatif commun : une maison à demi démolie.
La pièce souffrira finalement du défaut de ses qualités. La grande variété des techniques narratives et des récits permet de surprendre constamment les spectateurs, mais empêche toute profondeur à chacune des histoires. On ne réussit qu’à avoir l’esquisse d’une idée au bout du compte. Et c’est que qui finalement empêche peut-être de nous tirer des larmes.
Notons cependant certaines performances superbes des comédiens. Marie-Hélène Thibault personnifiera sa propre mère dans une scène impressionnante de roulage de pâte à tarte/explication de la condition de bonne épouse. La scène crie de vérité : si ce n’est la propre mère de Marie-Hélène Thibault, ce sont nos propres mères ou grands-mères que nous reconnaissons dans cette scène sur la nécessité de rester avenante et fraîche en tout temps. Marie-Hélène Thibault ou la peur de ressembler à sa propre mère.
Sasha Samar, de son côté, saura nous transporter encore une fois en Ukraine soviétique dans des confidences poétiques. Les danseurs Simon-Xavier Lefebvre et Aude Rioland ajouteront une touche abstraite appréciée à une pièce qui se campe presque exclusivement dans le réel. On regrette d’ailleurs ce choix artistique; car les moments les plus émouvants sont les scènes muettes où le sable d’une valise empli l’atmosphère.
Au final, on apprécie sa soirée, mais sans se retrouver transporté par tous les récits. Ne vous fiez pas au titre : nul besoin d’apporter votre boîte de mouchoirs.
Emovere, au Théâtre de Quat’Sous, jusqu’au 20 mai
Dans la catégorie: Culturel
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