Quelles solutions pour financer le transport en commun ?
Hugo Prévost
Il est urgent de financer le transport en commun au Québec; voilà le portrait sans équivoque dressé mercredi par TRANSIT, l’Alliance pour le financement des transports collectifs au Québec, dans le cadre de consultations rassemblant les différents acteurs de la Communautré métropolitaine de Montréal (CMM). Cette source de financement demeure toutefois imprécise, après deux jours de rencontres et de discussions. Faut-il taxer les automobilistes, les pollueurs, les entreprises, les grandes industries? Si la majorité des participants semblent pencher en faveur d’une hausse de la taxe sur l’essence, d’autres intervenants mettent en garde contre certaines solutions proposées.
S’exprimant par voie de communiqué, TRANSIT rappelle que ‘objectif premier de cette consultation est d’identifier les sources de revenus qui permettront d’investir massivement dans les transports collectifs, condition essentielle pour que la vision exprimée dans le Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD), qui fait consensus dans le Grand Montréal, devienne réalité.
Aux yeux des membres de l’Alliance, il est urgent d’agir du côté du gouvernement du Québec, d’autant plus que la saison des chantiers estivaux approche à grands pas. « Comment le Ministère des Transports va-t-il aider les citoyens à se déplacer efficacement ? Les voies réservées, les stationnements incitatifs, les autobus supplémentaires, c’est maintenant qu’il faut identifier les solutions pour les obtenir et le gouvernement n’a rien prévu pour l’instant », s’interroge Florence Junca-Adenot, professeur à l’UQAM et directrice du Forum Urba 2015.
TRANSIT estime par ailleurs que les consultations de la CMM doivent se conclure sur un nouveau consensus régional sur la question du financement, d’autant plus que le gouvernement du Québec a clairement indiqué, dans son dernier budget, qu’il attend l’expression de ce consensus avant de soutenir financièrement les projets de transports collectifs de la région.
« Dans son dernier budget, le gouvernement du Québec a ouvert grand la porte pour étudier sérieusement les options que le Grand Montréal va proposer pour financer les transports collectifs. Ça fait 10 ans qu’on parle du sous-financement chronique des transports collectifs, et aujourd’hui on nous demande de nous prononcer sur les solutions. C’est un rendez-vous à ne pas manquer car l’occasion de prendre de telles décisions, et donc d’agir pour le bénéfice de la population, ne reviendrait pas de sitôt », lance Coralie Deny, directrice du Conseil régional de l’environnement de Montréal.
Du côté de certains autres acteurs interrogés dans le cadre des consultations de la CMM, on parle principalement de hausser la taxe sur l’essence. C’est d’ailleurs le cas du président de la Chambre de commerce et d’industrie de Laval, Stéphane Corbeil. Selon lui, le transport en commun a un impact sur l’économie de près de trois fois supérieur à celui du transport par automobile.
Pour la Chambre de commerce et d’industrie de Laval, la source de financement la plus intéressante demeure une taxe supplémentaire sur l’essence sur le principe de l’utilisateur-payeur. Cette taxe a en plus l’avantage d’inciter les citoyens à utiliser le transport en commun, indique-t-on. M. Corbeil recommande cependant qu’un crédit de taxe soit accordé aux entreprises qui seraient exagérément affectées par cette taxation.
Du côté du Comité de citoyens pour des transports collectifs à Laval, on plaide plutôt pour un transfert de sommes allouées au transport routier vers le transport en commun. Au dire de Benoît Turgeon, la taxe municipale reliée au transport en commun devrait être modulée selon le critère de la valeur foncière, de la distance et de la densité démographique. « Si une maison n’est pas desservie par un transport public, alors cette taxe ne devrait pas s’appliquer », a-t-il illustré.
Réagissant au montant de 23 milliards $ nécessaires pour assurer le maintien et le développement du transport en commun d’ici 2020, le directeur général de la Société de transport de Laval, Guy Picard, souligne l’impératif d’obtenir une estimation plus précise des besoins financiers et d’étaler certains des investissements prévus jusqu’en 2030.
La Fédération canadienne des entreprises indépendantes (FCEI), enfin, a effectué une vive sortie contre le projet de hausse la taxe sur la masse salariale pour financer le transport en commun. Selon Martin Hébert, vice-présidente, Québec, de la FCEI, ce type de mesure nuirait davantage aux petites et moyennes entreprises qu’aux grandes compagnies. Elle dit d’ailleurs constater que cette proposition, qui semble avoir fait l’objet d’un consensus parmi les municipalités, s’inscrit dans une « tendance lourde » observée depuis un certain temps au Québec, à l’effet qu’à chaque manque à gagner, qu’à chaque nouveau besoin de financement pour un service public exprimé par un groupe ou un autre, la tendance « naturelle » est de demander aux entreprises, dont les petites et moyennes entreprises, de payer la note, « comme si elles ne finançaient déjà pas lourdement les services publics par leurs taxes et leurs impôts ».
Dans la catégorie: À la une • Politique et Économie
Mots-clef: cmm, communauté métropolitaine de montréal, économie, fcei, fédération canadienne de l'entreprise indépendante, financement, financement du transport en commun, gouvernement du québec, investissements, investissements massifs, montréal, péage, politique, québec, solutions, taxe sur l'essence, taxe sur la masse salariale, transit, transport collectif
