Une vie pour deux âmes perdues en mer

Hugo Prévost

Un couple dont les liens affectifs partent à vau-l’eau. Une morte rejetée par les flots. Une tempête émotive devant le raz-de-marée de la vie, lame de fond qui emporte tout sur son passage. Une vie pour deux, jouée à l’Espace Go, nous plonge dans le cours tumultueux de l’existence, et les spectateurs ne peuvent qu’espérer éviter les écueils qui affleurent à la surface.

Photo : Caroline Laberge

Ils sont deux : Simone et Jean, dont l’amour s’essouffle après de longues années d’une relation tumultueuse. Partis se ressourcer en Irlande pour tenter d’y retrouver la passion, ils ne vont en fait que s’éloigner davantage. Ils sont trois : Simone et Jean, toujours, mais également le cadavre d’une femme noyée à qui ils inventeront une histoire.

Au fil du temps, ce troisième personnage occupera une place toujours plus important au sein du couple malheureux, transformant leur mésentente affectueuse en un maelström d’émotions violentes, alors que chacun se raccroche désespérément à cette étrange bouée de sauvetage. Le tout au péril de leurs existences respectives, chacun se noyant un peu plus dans le néant alors qu’il tente précisément de survivre.

Une vie pour deux est sans hésitation une pièce au thème marin, où l’océan de la passion enveloppe tout et chacun. Simone et Jean (Violette Chauveau et Jean-François Casabonne, superbes) donnent la réplique à une noyée sépulcrale et éthérée (Evelyne de la Chenelière, également auteure du texte adapté du roman de Marie Cardinal). Le texte est puissant, violent. Les émotions, à fleur de peau, viennent cueillir et emporter les spectateurs pour leur faire découvrir des horizons inconnus ne pouvant être explorés qu’avec le coeur et l’esprit, mais sans raison aucune.

Dans un décor minimaliste d’où émerge un étrange cercueil, lieu de repos ultime de la noyée, certes, mais également de la relation de couple en elle-même. Il s’en dégage d’ailleurs toute l’âme tourmentée des protagonistes, prêts à se laisser ensevelir, enfermer dans ce cocon protecteur mais également lugubre et éternel.

L’exécution, sans faute du côté des acteurs, est cependant quelque peu mise à mal par une trop nette cassure entre les deux parties de la pièce, alors que le texte passe relativement soudainement d’une situation de vie amoureuse décevante à un état de mort programmée. Ce changement rapide surprend et déstabilise, et même s’il permet de mettre bien en évidence le talent fantastique de Mme Chauveau.

L’utilisation, également, d’un micro pour Mme de la Chenelière agace légèrement. S’il est normal d’utiliser une certaine amplification pour donner à sa voix un certain aspect fantomatique, les voix des deux autres comédiens finissent elles aussi par s’entendre via les hauts-parleurs lorsqu’ils se trouvent près d’elle, mais pas quand ils sont plus loin sur la scène. Peut-être faudrait-il tous leur donner un micro, histoire d’éviter ce petit inconvénient.

Une vie pour deux, jouée à l’Espace Go jusqu’au 19 mai. Mise en scène d’Alice Ronfard.

Dans la catégorie: Culturel

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