Le Deuil, l’amour et La Délicatesse

Kelly-Anne Bonieux

L’amour est-il possible (et souhaitable) après la disparition subite d’un être cher? Comment aimer de nouveau, s’ouvrir à l’autre et dissiper les sentiments de culpabilité qui peuvent s’installer en nous? En 2009, le romancier David Foenkinos nous faisait réfléchir sur le deuil et le regard pesant des autres avec La délicatesse, un roman tout simplement charmant qui avait conquis le grand public. Quelques années plus tard, il s’unit à son frère Stéphane, directeur de casting, pour en réaliser l’adaptation cinématographique. Après sa sortie chez nos cousins européens il y a quelques mois, voici donc venir sur nos écrans le film éponyme mettant en vedette Audrey Tautou et le comique belge François Damiens.

Le film débute comme toute comédie romantique qui se respecte : François le-beau-mec (Pio Marmaï) rencontre Nathalie la-jolie-fille (Tautou) et c’est le coup de foudre. Ils s’aiment, ils se marient, ils veulent des enfants… bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais voilà, La délicatesse n’est pas une comédie romantique comme les autres; le film est à peine commencé que François meurt subitement dans un terrible accident. Nathalie, maintenant veuve, décide alors de combler le vide de son quotidien en se plongeant tête première dans le travail. Jusqu’au jour où elle embrasse sur un coup de tête un collègue effacé et d’apparence plutôt ordinaire (François Damiens). Sans le savoir, cet événement la fera peu à peu émerger du coma social dans lequel elle s’était plongée et grâce à ce mystérieux Markus, elle réapprendra à vivre et – qui sait peut-être – à aimer.

Avec un film comme La délicatesse, on se tient bien loin des clichés amoureux d’Hollywood. La romance est simple, crédible, amusante. C’est une histoire d’amour certes, mais une histoire atypique, développée tout en finesse (pour ne pas dire délicatesse!). Les personnages sont attachants, les sentiments développés réalistes. Audrey Tautou arrive à nous faire vivre le deuil à travers son visage expressif et ses gestes calculés. Quant à Damiens, il est très convaincant dans son rôle d’homme-fantôme devenu prince charmant.

Et malgré tout, cette première réalisation du tandem Foenkinos n’en reste pas moins une légère déception. Car bien qu’en surface les réalisateurs aient livré la marchandise, l’adaptation cinématographique de La Délicatesse nous laisse tout de même un peu sur notre faim. En effet, le film est truffé de moments sympathiques, mais malheureusement pas exploités à leur plein potentiel. En voulant rester fidèle à la candeur du roman et par conséquent en s’éloignant du romantisme ridicule ou du dramatisme tape-à-l’œil, on finit par se retrouver pris avec un film qui manque de panache et de mordant. Non sans une pointe d’ironie, on remarque alors que la force du livre devient la faiblesse du film. Il est même intéressant de noter que les meilleurs moments du long-métrage sont d’ailleurs des scènes originales qui ne se trouvent pas dans le roman.

Souvent, le premier reproche que l’on peut faire à un film prenant vie à partir d’une source littéraire est son manque de fidélité par rapport à l’histoire écrite. Dans le cas de La délicatesse, qui fut adapté à l’écran par son propre auteur, on ne peut que féliciter le romancier d’avoir su transposer sur pellicule l’univers de Nathalie aussi précisément. Mais au final, les images convainquent moins que les mots et bien que le film nous propose une histoire mignonne et attachante, les réflexions plus poussées sur le deuil, la fidélité et le renouveau que l’on retrouve dans le livre sont remisées au placard. Sans tout le cosmétique hollywoodien à l’eau de rose pour camoufler un tel manque de « fond », le spectateur fait malheureusement face à un film qui laisse transparaître ses plus gros défauts à travers l’écran.

Dans la catégorie: Culturel

Mots-clef: , , , , , , , , , , , , , , ,

Répondez




Afin d'ajouter une photo à vos commentaires, veuillez obtenir un identifiant Gravatar.