Scandale du News of the World : Murdoch ne dévoile rien à son audience en cour

Hugo Prévost

Il est blessé, peut-être, mais il peut encore mordre; le magnat des médias Rupert Murdoch, mis à mal depuis plusieurs mois en raison du scandale des écoutes téléphoniques au Royaume-Uni, a paru mercredi devant la commission juridique de la Couronne pour s’expliquer sur des allégations de contrôle de certaines figures politiques et de trafic d’influence. Loin de s’y présenter comme un homme défait, il est plutôt apparu à l’enquête Leveson en étant sûr de lui et confiant. Rien, donc, pour garantir une conclusion rapide de cette affaire qui a ébranlé non seulement les médias britanniques, mais ceux du monde entier.

Rupert Murdoch

Si l’affaire est pratiquement disparu des médias nord-américains, elle fait toujours la manchette des journaux et stations de télé du Royaume-Uni, où M. Murdoch, plus encore qu’aux États-Unis ou en Australie – ou il possède plusieurs grands médias -, symbolise une certaine vision du journalisme loin d’être acceptée par tous. Ses journaux sont plus souvent qu’autrement populistes, destinés à un très grand lectorat, parfois plus racoleurs que nécessaire… mais tirent à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires par semaine, voire plusieurs millions pour certains titres.

Selon Michael White, du Guardian, M. Murdoch se dit toutefois innocent des soupçons qui pèsent contre lui. Nul échange d’appui médiatique à des politiciens en échange de faveurs, par exemple, ou des réfutations franches et directes des accusations de favoritisme.

Au dire de M. White, le magnat s’est montré « impitoyable » pendant les trois heures et demie passées à la barre des témoins de la Haute cour londonienne. Déni, humour caustique, répliques assassines envers ses détracteurs mais aimables envers les autres… « nous ne voulions pas cela, concède le journaliste. Nous voulions du sang, des menaces voilées envers les magistrats, pas un gentleman de 81 ans maniéré qui semblait s’inquiéter davantage de sa vessie que de l’identité du prochain premier ministre. »

Le journaliste du Guardian va même jusqu’à écrire que les représentants des médias étaient unanimes sur un point : contrairement à son apparition devant les députés en Chambre, à l’été dernier, le vieux magnat avait repris du poil de la bête et retrouvé son assurance.

Nulle révélation de Rupert Murdoch, alors, sur les années Thatcher, Major, Blair, Brown et Cameron. Le vieil homme à la colossale fortune (son empire vaut environ 60 milliards $ US) a plutôt dit ne posséder aucune « arme de destruction massive » contre ces premiers ministres passés ou actuel, mais plutôt une saine curiosité à propos des individus et des idées. Curiosité, d’ailleurs, qu’il dit garder séparée des affaires.

Le scandale Murdoch se poursuit donc sans grande révélation du célèbre magnat, tandis que les milieux journalistes procèdent à un examen de conscience à propos de leurs pratiques et de leurs méthodes. Ironiquement, d’ailleurs, le Wall Street Journal, une propriété de Rupert Murdoch, publiait récemment un palmarès des 200 professions les plus en vue. Celle de journaliste pour le secteur écrit se classe… en 196e position.

Dans la catégorie: À la uneSociété

Mots-clef: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Répondez




Afin d'ajouter une photo à vos commentaires, veuillez obtenir un identifiant Gravatar.