Klö Pelgag, ou le chant des îles à colorier
Patrick Robert
Il y a des formations musicales qui mettent des années à trouver un son bien à eux, mais avec un premier EP de quatre chansons paru le 17 avril dernier, le groupe Klö Pelgag souffle beaucoup de fraîcheur dans nos oreilles grâce à un heureux mélange de pop symphonique et de poésie ludique. Pieuvre s’est entretenu avec Chloé Pelgag, la fondatrice du projet, pour discuter de la création de cet album, de la famille, du surréalisme et… d’Éric Lapointe.
J’ai entendu deux origines différentes sur le nom de groupe. La première est que ce serait une contraction du nom Pelletier-Gagnon, mais j’ai aussi lu que « Klö » veut dire odeur en latin et « Pelgag » chocolaté en grec…
CP – Oh, j’aime mieux la deuxième explication, mais ça n’est pas la vraie… Je préfère la deuxième, mais en fait, j’ai essayé de propager des rumeurs sur l’Internet (rires)… C’est vraiment facile…
À partir du nom du groupe, on peut dire que chez vous, la musique est une histoire de famille?
CP – Ben oui, surtout sur ce projet-là. Mon frère signe les arrangements, donc, on a une très proche collaboration à ce niveau-là. Ça a des bons côtés et des moins bons côtés… C’est bon parce que dans le fond, on n’a pas besoin de beaucoup se parler pour se comprendre, il sait vraiment ce que je pense, puis c’est très naturel de travailler ensemble. J’admire ce qu’il fait, on s’aime beaucoup. Donc, c’est vraiment facile, mais en même temps, c’est sûr qu’on est frère et sœur (rires)… On se parle rough des fois, mais c’est pour le mieux.
Il n’est pas facile de qualifier votre musique… Comment décrirais-tu votre travail?
CP - J’en suis venue à dire « chanson orchestrale poético-éclatée ». Mais en même temps, je ne crois pas que… C’est très naturel le style de ma musique. Je n’ai jamais pensé à quoi je voudrais que ça ait l’air, ou comme quoi je voudrais que ça sonne. J’ai commencé à écrire des chansons, puis c’était comme ça, comme moi. C’est très authentique, c’est sincère. Au niveau des arrangements aussi, ça s’est fait très naturellement, donc, ce n’est pas… prémédité?
Vous réussissez à combiner des éléments différents dans vos compositions, comme des arrangements symphoniques qui conservent quand même l’aspect accessible des chansons…
CP – Ça, je pense que c’est la nature des chansons. Comme les chansons sont assez conventionnelles au niveau de la structure, et bien les textes amènent quelque chose de fou, et les arrangements aussi apportent quelques chose de très raffiné, comme… mi intellectuel et mi intuitif. Les chansons durent trois minutes, quatre minutes, et comme il y a des refrains, ça reste quand même accessible, tout en étant complexe.
Parmi vos influences, vous énumérez Dali, Ionesco, André Forcier… Comment fait-on pour transcrire Salvador Dali en musique?
CP – En fait, je me sens vraiment plus inspirée par les arts visuels et le cinéma que par la musique. Au niveau des textes surtout. J’adore les images et ça se reflète beaucoup dans mes textes, qui sont très imagés. Je vais aussi chercher des côtés surréalistes, mais je suis comme ça naturellement. J’ai toujours aimé l’absurde, le surréalisme, et les artistes que j’aime au niveau du cinéma, de la littérature et des arts visuels, c’est des artistes qui me rejoignent. Donc, c’est sûr que ça m’influence…
Tu as étudié en théâtre. Sens-tu que tu joues tes chansons davantage que tu les chantes?
CP – Non. En fait, je pense que j’ai ce côté théâtral en moi depuis toujours. J’aime jouer dans la vie, j’aime m’amuser, avoir du plaisir et rendre le quotidien plus vivant. J’aime me surprendre, mais je pense que j’interprète mes chansons comme je les sens. C’est autant chanté que joué, mais je pense que c’est très honnête.
Yves Desrosiers signe la coréalisation de votre EP. Comment s’est traduit son apport à votre musique?
CP – C’est Daniel Gélinas qui signe la réalisation, et Yves Desrosiers a collaboré aussi. Daniel Gélinas est là depuis deux ans, deux ans et demi, et c’est lui qui enregistrait tous nos démos. Il est très intuitif, puis il a des idées vraiment folles, il ne se limite à rien. Je ne sais pas si ça paraît sur le EP, c’est vraiment quatre chansons à travers le temps qu’on a pris… Yves Desrosiers lui amène une structure, et c’est lui qui a fait le mix de l’album, donc, ça sonne…
Vous avez gagné plusieurs concours et prix, dont une classe de maître donnée par Gilles Vigneault… Est-ce que ça a modifié votre façon de faire des chansons?
CP – J’ai beaucoup appris de lui, c’est une personne tellement grande et généreuse… Il nous a accueillis chez lui à Natashquan comme si on était ses enfants, mais ses égaux en même temps. Je ne dirais pas que ça a modifié quelque chose, mais je pense qu’inconsciemment, ça va toujours être… C’est sûr que chaque rencontre est unique, mais quand tu rencontres quelqu’un comme ça, qui a tellement de bagage, en même temps, t’essaie d’en prendre le plus que tu peux. Je pense que ça me porte à la réflexion par exemple, au niveau des textes, des structures, de m’intéresser aussi à l’origine des mots, à la poésie.
En terminant, que dirais-tu à une personne qui ne connaît pas votre musique pour l’inciter à se procurer votre EP?
CP – Humm… Qu’est-ce que je lui dirais? Ben, je suis vraiment mauvaise vendeuse (rires)… C’est vraiment prouvé que je suis mauvaise vendeuse, mais je pense que je lui demanderais « aimes-tu Éric Lapointe? ». S’il répond oui, je lui dirais de ne pas acheter le EP, mais s’il répond non, je lui dirais d’aller écouter mes chansons (rires).
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