Le corps est un théâtre de danse américain
Valérie Langlois
Il est de ces spectacles qui promettent une salle comble dès que les billets sont mis en vente. Celui de l’Alvin Ailey American Dance Theater est un de ceux-là. C’est en effet devant une salle Wilfrid-Pelletier remplie, à la Place des Arts, que la troupe a présenté trois nouvelles chorégraphies créées par Robert Battle, ainsi que deux grands classiques de la troupe : Streams et Revelations.
Superbe tableau abstrait, coulant comme une rivière, où le mouvement ne s’interrompt jamais, Streams a offert, en tout début de spectacle, un véritable voyage introspectif accompagné de la musique de Miloslav Kabelac. Un sans faute, puisque c’est un classique de la troupe; c’est Alvin Ailey lui-même qui a créé cette chorégraphie, en 1970.
Aussitôt suivait In/Side, création du nouveau directeur artistique de la troupe. Il s’agissait là d’un solo poignant, interprété par Yannick Lebrun, sur Wild is the Wind, chanté par Nina Simone. C’est un être torturé, mettant à nu ses émotions, qui est montré, sous un éclairage tamisé. Après un solo d’une intensité à couper le souffle, venait l’amusante chorégraphie Takedeme, inspirée du kathak indien. Il s’agit d’une œuvre teintée d’humour, avec des mouvements en parfaite synchronisation avec la récitation saccadée de Sheila Chandra.
Résonnèrent ensuite les Tambours du Bronx, qui servaient de trame sonore pour The Hunt, une création se voulant être une ode à la virilité et à l’instinct de prédateur. Quelle superbe représentation de la chasse, instigatrice du langage et mère de civilisation humaine! L’Homme y était représenté dans toute sa splendeur et sa force.
C’est Revelations, chorégraphie culte du répertoire afro-américain, qui est venue clore le spectacle. Des champs de coton aux églises, en passant par un baptême en rivière, sur un fond de gospel et de blues, l’ensemble capture merveilleusement bien la vie du peuple noir du sud des États-Unis. Une seule représentation de cette œuvre créée en 1960 suffit à démontrer pourquoi elle fait maintenant partie des classiques.
Le public étant venu applaudir la troupe Ailey ne s’est finalement pas déplacé pour rien, puisque les œuvres présentées auront littéralement fait bondir les gens de leur siège, donnant aux danseurs une ovation debout plus que méritée. L’Alvin Ailey American Dance Theater est, sans surprise, gage d’une salle comble, mais avec raison. La troupe nous en aura effectivement mis plein la vue.
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