Voyage littéraire dans une Allemagne musicale
Hugo Prévost
La poésie avait rendez-vous avec les compositeurs allemands, mardi, dans le cadre d’une nouvelle édition de la série de concerts Musique de chambre et littérature organisés par l’Orchestre symphonique de Montréal. Heinrich Heine, Goethe et Rilke ont donc marié leurs envolées lyriques aux notes de pièces de musique de chambre composées par Schumann et Beethoven. Le tout dans une salle de concert de la Maison symphonique transformée en un environnement intime pour l’occasion.
Toujours dans cette formule de concert en tout début de soirée, comme une mise en bouche musicale avant la nourriture, plus terrestre celle-là, consommée par la suite, le récital était supervisé par la comédienne Pascale Montpetit. Avec sa voix rauque à souhait, aux accents riches et discrètement envoûtants, elle a su parfaitement saisir la délicatesse teintée de fougue des poèmes lus en guise d’introduction aux deux morceaux interprétés par un trio de musiciens hors pair.
Hors pair, en effet, car il fallait une sacrée prouesse pour maîtriser les oeuvres au programme. Schumann, tout d’abord, avec la Phantasiestücke pour piano, violon et violoncelle, opus 88, véritable ode au romantisme allemand de la première moitié du 19e siècle. On y distinguait aisément un certain classicisme germanique, sans doute semblable à l’architecture de l’époque, par exemple.
Toutefois, au-delà de la droiture et de la contenance toute allemande, on découvrait, ça et là, des envolées romantiques et des passages plus fluides, plus aériens, l’équivalent – sans doute – d’un transport des droites avenues de Berlin aux paysages enchanteurs de la campagne allemande, voire au séduisant mystère de la forêt Noire.
Place ensuite à un peu plus de folie musicale avec Beethoven et son trio avec piano en si bémol majeur, « À l’Archiduc », le plus connu des trios du célèbre compositeur. Créée alors que Beethoven était presque totalement sourd, la pièce a l’impétuosité et la complexité d’un torrent, tandis que la musique s’engouffre et se faufile de toutes les façons possibles et imaginables. Magistralement interprété par les trois musiciens sur scène, ce morceau emprunte des détours, revient sur lui-même, se sépare en plusieurs embranchements pour ensuite se reformer… bref, un parfait exemple de l’imagination et de la capacité de création de l’un des maîtres du classique.
Il serait d’ailleurs impensable de donner une impression du récital sans mentionner l’immense talent des interprètes; le violoniste Andrew Wan, tout d’abord, débordant de fougue et d’énergie; le violoncelliste Brian Manker, ensuite, plus réservé mais tout aussi talentueux; et, enfin, la pianiste Heng-Jin Park, qui remplaçait d’ailleurs l’interprète original, qui était en parfaite maîtrise de son instrument, et ce peu importe la difficulté des pièces jouées. Un parcours sans faute, donc, pour ces trois musiciens à la chimie impressionnante.
À noter, également, que M. Manker a lancé en 2007 le Projet Beethoven, qui vise à donner l’interprétation intégrale des quatuors de Beethoven dans leur contexte d’origine, celui du salon privé.
Dans la catégorie: Culturel
Mots-clef: allemagne, beethoven, classique, concert, Culturel, goethe, heine, maison symphonique de montréal, musique, musique classique, musique et littérature, orchestre symphonique de montréal, poésie, poésie allemande, rilke, schumann
