Un coup de barre est essentiel pour assurer l’avenir démographique du Québec, plaide l’IREC
Hugo Prévost
L’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) a dévoilé mercredi sa deuxième note d’intervention sur la démographie, où il confirme que la question des soins de santé des baby-boomers et des personnes âgées continuera d’occuper un espace toujours plus important, autant sur le plan des politiques publiques que des besoins financiers auxquels l’État devra contribuer. Selon l’économiste Gilles Bourque, il sera d’ailleurs nécessaire de reconfigurer le modèle de développement économique pour assurer une croissance dans l’avenir.
Impossible, tout d’abord, de ne pas aborder la question de la retraite, d’autant plus que le gouvernement fédéral vient d’annoncer le relèvement à 67 ans de l’âge d’admissibilité aux programmes fédéraux pour la vieillesse. Selon M. Bourque, le taux de cotisation des Québécois au régime des rentes du Québec (RRQ) va continuer d’augmenter au fil des ans, passant de 9,9 à 10,8 pour cent entre 2012 et 2017, tandis que le taux de réduction de la rente de la retraite pour ceux qui la réclament avant 65 ans devrait passer de six à 7,2 pour cent par année.
Les incitatifs financiers seront ainsi plus importants pour convaincre les travailleurs de demeurer en entreprise jusqu’à l’âge de l’admissibilité « normale » au régime des rentes, voire même pour quelques années de plus. Au dire de M. Bourque, les résultats de ces réformes feront en sorte d’assurer la pérennité du régime québécois.
« Pour combler la différence entre les revenus provenant des composantes publiques et le seuil de remplacement de 70 pour cent, les Québécois et les Québécoises doivent faire appel aux régimes complémentaires de retraite et aux régimes d’épargne-retraite. Mais on calcule qu’un tiers seulement des travailleurs bénéficient d’un régime privé adéquat et seulement 26 pour cent de la population active contribue systématiquement à un REER », indique l’IREC dans son rapport. Cela fait dire à M. Bourque que « ce sont donc les composantes privées du système de retraite qui posent des difficultés quant au vieillissement ».
La santé et l’explosion des coûts liés au vieillissement des baby-boomers représentent la deuxième pierre angulaire de la note d’intervention de l’IREC. On y rappelle d’ailleurs que la croissance des coûts du système de santé devrait continuer à dépasser celle de l’économie, mettant ainsi le gouvernement devant un choix à faire entre l’élimination du déficit en réduisant les autres dépenses ministérielles, ou la réduction des subventions accordées au système de santé. C’est d’ailleurs la première option qu’a choisie le gouvernement libéral lors de son plus récent budget.
» Il n’en reste pas moins que les études ne sont pas unanimes sur les constats que nous devons tirer des impacts du vieillissement sur les coûts des soins de santé. Celles provenant du ministère des Finances, des groupes de réflexion de droite ou des services de recherche des grandes institutions financières arrivent généralement à des conclusions très dramatiques », tempère toutefois l’économiste Gilles Bourque.
Selon lui, d’ailleurs, ce ne serait qu’à partir de 2031, alors que la cohorte des baby-boomers commencera à atteindre un âge très avancé, que les coûts de la santé devraient croître de façon significative.
Pour éviter que le système ne tourne à vide, précipitant la province dans une spirale d’endettement en raison de l’ensemble de ces coûts importants, et pour assurer le maintien des divers avantages sociaux mis sur pied il y a bientôt 40 ans dans la plupart des cas, M. Bourque propose que les pratiques financières soient beaucoup plus structurées. « Depuis deux sinon trois décennies, les crises de croissance ont été provoquées non pas par des dettes publiques, mais par les pratiques insoutenables de la financiarisation de l’économie », lance-t-il.
« Il nous apparaît donc urgent de reconfigurer le modèle de développement pour assurer sa durabilité dans le contexte du vieillissement de la population en régulant plus fortement les pratiques financières, poursuit-il, ajoutant qu’il serait temps de réguler notre système de retraite de manière à ce qu’il puisse garantir la sécurité financière des futurs retraités sur la base de sa capacité à financer des investissements stratégiques pour l’économie et l’emploi, sur un horizon long. »
Dans la catégorie: À la une • Politique et Économie
Mots-clef: avantages sociaux, à la une, démographie, développement économique, économie, étude, gouvernement du québec, iréc, modèle, modèle de développement, note, note d'intervention, pérennité, politique, population, québec, rapport, régimes de retraite, retraite, retraités, soins de santé, vieillissement, vieillissement de la population
