Le Voyage dans la Lune : un morceau d’éternité fantastique restauré à sa grandeur d’autrefois
Hugo Prévost
Cela fait tout un effet de tenir entre ses mains un film centenaire, encore plus si ce film fut l’un des plus célèbres en raison de son imagination, de son audace et de sa complexité, alors que l’industrie cinématographique n’en était encore qu’à ses balbutiements. C’est pourtant l’exploit incroyable qu’a réalisé Georges Méliès, l’un des pionniers du cinéma, avec Le voyage dans la Lune. L’immortel court métrage, précédé de l’excellent documentaire Le voyage extraordinaire, prend l’affiche à l’Excentris à partir de vendredi, une première québécoise.
Comment ne pas ressentir une excitation certaine à l’idée de voir ou de revoir ce chef-d’oeuvre du septième art? D’autant plus que cette copie, méticuleusement restaurée, soigneusement remise en état et accompagnée d’une bande sonore originale du groupe français Air, vient rendre hommage au grand maître Méliès, celui qui aura rapidement compris que la caméra offrait bien plus qu’un regard sur le monde, mais aussi la possibilité de créer de la magie et de faire voyager.
Avant de revenir en 1902 – oui, il y a plus d’un siècle! -, les spectateurs sont invités à visionner un documentaire, Le voyage extraordinaire, qui retrace le parcours culturel de Méliès, avec les honneurs et les revers qui ont accompagné sa carrière ayant hélas pris fin en queue de poisson, laissant Méliès ruiné, condamné à vendre des jouets dans une échoppe. La grande roue du progrès cinématographique aura finalement écrasé le Français à la barbichette célèbre pour ses voyages imaginaires, le poussant, dans un geste de désespoir, à brûler l’intégralité de sa production.
Comble de malheur pour la jeune histoire du cinéma à l’époque, ce sont 500 films qui partent en fumée, ne laissant que quelques copies éparses, disséminées. On finira bien par trouver 200 de ces films, de nombreuses années plus tard, mais le mal est fait.
Ce Voyage extraordinaire décrit non seulement l’univers de Méliès, mais également celui du cinéma, auquel le réalisateur-producteur-acteur-idéateur-inventeur est étroitement lié encore aujourd’hui. En environ une heure, on découvre avec fascination tous les efforts entrepris pour restaurer une version définitive du Voyage dans la Lune, film d’une quinzaine de minutes inspiré des prouesses littéraires de l’époque, avec Jules Verne, bien sûr, mais aussi H.G. Wells. Si la naissance de la science-fiction est en partie attribuée à Fritz Lang pour son colossal Metropolis, Méliès aura lui aussi – de nombreuses années auparavant – contribué à planter la graine du cinéma fantastique, d’aventure et de science-fiction, avec ses décors colorés et ses périples imaginaires.
Et pourtant, quand on voit ce fameux Voyage dans la Lune, ces quelques 15 minutes de pellicule sautillante et colorisée à la main (!) avec quelques retouches par ordinateur pour redonner au film sa beauté d’origine, on risque de tomber dans la facilité. De se dire qu’après tout, il ne s’agit que d’un vieux film d’une époque disparue, d’un monde deux fois enseveli sous les bombes depuis. C’est pourtant ce genre de joyau du passé, miraculeusement sauvé de la destruction du temps et de la folie du progrès, qui permet de saisir tout le côté fantastique du cinéma. Après tout, la mission première du septième art n’est-elle pas de transporter le public, de le faire rêver, de lui insuffler un peu de magie?
Notre journaliste Xavier Proulx a réalisé une critique de la bande sonore du film, en plus d’une entrevue avec le groupe Air.
Dans la catégorie: Culturel
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