Au Tennessee, se tenir la main, c’est mal
François Dominic Laramée
Dans bien des États américains, la séparation entre l’Église et l’État est une considération strictement théorique. La législature du Tennessee en a fait la preuve, au cours des dernières semaines, avec une série de projets de lois qui tentent d’imposer une morale d’une autre époque et une interprétation biblique de la science. Portrait d’une situation qui serait loufoque si elle n’était pas si inquiétante.
Depuis une dizaine de jours, les écoles publiques du Tennessee ont la permission d’enseigner des «alternatives» aux théories scientifiques reconnues par tout le monde… sauf par la droite religieuse et par les groupes d’intérêts les plus conservateurs. Une loi, votée par la législature à forte majorité républicaine, ouvre la porte à l’enseignement du créationnisme (une théorie selon laquelle la Bible décrit exactement le processus de création de l’Univers) ou du «design intelligent» (une version édulcorée du créationnisme) et à leur présentation par les enseignants comme ayant une valeur scientifique équivalente à celle de la théorie de l’évolution.
Autre cible de la loi: la «controverse» au sujet des changements climatiques et de l’influence de l’activité humaine sur le climat, qui sont reconnus comme réels par la quasi-totalité de la communauté scientifique mais niés par les industries polluantes – ainsi que par le télévangéliste Pat Robertson, qui citait en exemple plus tôt cette semaine le fait que le climat puisse changer sur Mars malgré l’absence de raffineries de pétrole sur cette planète. La Louisiane, dont le fondamentaliste Rick Santorum a remporté l’élection primaire plus tôt cette année, a adopté une loi semblable en 2008; une dizaine d’autres États songeraient à faire de même.
D’autre part, le Sénat du Tennessee a aussi adopté une radicalisation du programme d’éducation sexuelle de l’État, qui n’enseignait déjà que l’abstinence. Une politique qui, de toute évidence, ne fonctionne pas : une étude publiée par le Guttmacher Institute en 2010 et révisée en février dernier révélait que le Tennessee se situait au sixième rang (sur 50) des États où le taux de naissance chez les filles de 15 à 19 ans était le plus élevé. Néanmoins, les Sénateurs ont choisi d’interdire l’enseignement de tout ce qui pourrait constituer, selon eux, une «porte d’entrée» vers l’activité sexuelle, et de mettre les élèves en garde contre tous les gestes du genre – y compris le baiser et le fait de se promener la main dans la main…
Le Tennessee contribuera 11 «grands électeurs» sur 538 lors de la prochaine élection présidentielle, ce qui le place au 14e rang des États les plus importants à cette occasion, à égalité avec l’Arizona, l’Indiana et le Massachusetts.
Dans la catégorie: À la une • Politique et Économie
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