Le tiers du budget de la lutte antitabac part en fumée
Hugo Prévost
Les reproches à l’endroit du gouvernement fédéral ont fusé, mardi, alors que l’Association pour les droits des non-fumeurs et la Société canadienne du cancer ont toutes deux vertement dénoncé les restrictions imposées par Ottawa au programme de lutte antitabac, principalement en réduisant le financement qui y est consacré. Pour le gouvernement conservateur, toutefois, il ne s’agit que de mieux redistribuer les ressources disponibles et de concentrer les efforts vers les populations les plus touchées par le tabagisme.
Dernière victime en date du programme de compressions financières consacré dans le plus récent budget fédéral, la Stratégie fédérale de lutte contre le tabagisme (SFLT) verra ainsi son budget être réduit de 15 millions $, soit un peu plus du tiers (35 pour cent) du budget annuel de 43 millions $ dont elle dispose.
La nouvelle a suscité la réprobation de nombreuses organisations liées de près ou de moins à la lutte contre le tabagisme et à l’offre de programmes de santé visant à arrêter de fumer. Du côté de la Société canadienne du cancer, on se dit ainsi inquiets et déçus de voir le gouvernement réduire de manière « aussi radicale » les fonds octroyés à la stratégie de lutte antitabac de Santé Canada, pourtant « très fructueuse ».
« Cette stratégie a fait ses preuves et ces restrictions vont nuire aux efforts déployés jusqu’ici pour réduire les taux de tabagisme. Considérant les effets dévastateurs de la cigarette chez les Canadiens, Santé Canada devrait faire davantage pour contrer l’usage du tabac, et non moins », a déclaré Rob Cunningham, analyste principal des politiques à la Société canadienne du cancer.
La Stratégie fédérale de lutte contre le tabagisme est la clé du succès qu’a connu jusqu’à maintenant le Canada dans sa lutte contre le tabagisme. Il est par conséquent essentiel de continuer à en assurer le financement, affirme la société par voie de communiqué. La SFLT aurait ainsi contribué à faire passer le taux de tabagisme chez les adultes de 25 pour cent en 1999 à 17 pour cent en 2010, tandis que les taux chutaient de 28 pour cent à 12 pour cent chez les jeunes de 15 à 19 ans au cours de la même période.
« Le Canada peut se permettre de continuer à investir dans la lutte contre le tabagisme, d’autant plus que la réduction de la contrebande des produits de tabac a suscité une hausse récente de 480 millions $ des taxes fédérales perçues sur la vente de tabac. Le budget annuel de 43 millions $ de la Stratégie fédérale de lutte contre le tabagisme ne représente que 1,4 pour cent du total des taxes sur le tabac qui se retrouvent annuellement dans les coffres du gouvernement fédéral. À la suite des coupures annoncées, c’est moins de un pour cent (0,9 pour cent) des revenus fédéraux provenant de la taxation des produits du tabac qui seront injectés dans la lutte au tabagisme », soutient l’organisme.
Du côté de l’Association pour les droits des non-fumeurs, on estime que « le gouvernement Harper fait fi de l’évidence. Il coupe le tiers du budget de sa Stratégie, réduit son approche à quelques groupes cibles et met fin à des décennies d’appui aux intervenants en santé par le truchement du financement sous forme de contribution. »
« Pourquoi le gouvernement Harper éviscère-t-il un programme qui lui épargne de l’argent, qui sauve des vies canadiennes et qui protège la santé et le bien-être des jeunes? », s’interroge-t-on.
Santé Canada réagit
Du côté du gouvernement fédéral, le ministère de la Santé a transmis un communiqué laconique indiquant que « le Canada est un chef de file mondial de la lutte contre le tabagisme ». Soutenant qu’il « n’y a jamais eu aussi peu de fumeurs au pays », Santé Canada dit vouloir concentrer ses efforts de lutte au tabagisme chez les autochtones, dont près de la moitié consomment des produits du tabac, comparativement à environ 17 pour cent dans le reste du pays.
« Le programme antitabac actuel a dix ans. Il a fait ses preuves, mais il est temps d’apporter des changements ciblant les populations qui fument plus que la moyenne nationale », affirme-t-on.
Rappelons que le tabagisme, principale cause de maladies évitables et de décès au Canada, emporte environ 37 000 Canadiens chaque année. À l’heure actuelle, quelque cinq millions de Canadiens sont des fumeurs et 50 pour cent de tous les fumeurs réguliers à long terme mourront d’une maladie liée au tabagisme, mentionne la Société canadienne du cancer, avant d’ajour que la consommation de tabac entraîne pour notre système de santé des coûts en soins directs estimés à quatre milliards $ par an.
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