Pénurie de médicaments : le milieu médical présente ses recommandations

Pieuvre.ca

Éclipsée pendant un temps par la grève étudiante, la crise de la pénurie de médicaments dans les hôpitaux du Québec est revenue à l’avant-scène médiatique, lundi, alors que de nombreuses associations du milieu hospitalier présentaient les recommandations conjointes d’un comité sur les ruptures d’approvisionnement en médicaments. Parmi les suggestions fournies dans le rapport, on retrouve un appel destiné à Santé Canada, afin d’éviter que la fermeture d’une seule usine de médicaments – comme c’est le cas au Québec – ne provoque une importante pénurie.

Aux yeux de l’Ordre des pharmaciens du Québec, du Collège des médecins du Québec, de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires et de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec, le problème va d’ailleurs au-delà de la fermeture de l’usine Sandoz, bien que ce dernier rebondissement dans le domaine de l’approvisionnement en médicaments aient représenté le point d’orgue des problèmes dans ce domaine.

L’usine de Sandoz Canada, située à Boucherville, fournisseur principal de plusieurs médicaments injectables pour les hôpitaux québécois, avait dû ralentir la production de certains d’entre eux à la mi-février. Des inspecteurs de la Food and Drug Administration (FDA) avaient relevé des «violations importantes» dans les normes de production de l’usine, forçant la pharmaceutique à apporter des correctifs, écrivait La Presse en mars.

Un incendie a ensuite éclaté dans l’usine, forçant l’arrêt temporaire de la production de 235 médicaments génériques qu’elle produit; la fabrication devait reprendre progressivement vers la mi-mars. Entre temps, les médias ont rapporté de nombreux témoignages de membres du personnel infirmier qui devait réaliser des économies de bouts de chandelle pour parvenir à administrer correctement des médicaments en quantités suffisantes à leurs patients.

« Le nombre croissant de pénuries et leurs conséquences pour les patients exigent une analyse globale des causes et la mise en application de solutions concrètes qui permettront de prévenir plutôt que de subir les ruptures d’approvisionnement », explique Diane Lamarre, présidente de l’Ordre des pharmaciens du Québec.

Le président-directeur général du Collège des médecins du Québec (CMQ), le Dr Charles Bernard, abonde dans le même sens : « Cette problématique est aujourd’hui un enjeu de santé publique. Tous les acteurs concernés doivent mettre l’épaule à la roue de façon transparente et sincère dans la mise en place de solutions durables. »

Basé sur les meilleures pratiques au niveau international, le rapport identifie neuf recommandations destinées à sécuriser l’approvisionnement en produits pharmaceutiques.

Ainsi, il faudrait tout d’abord que Santé Canada adapte sa réglementation et ses programmes à la problématique des pénuries. « Le comité recommande d’exiger du fabricant qu’il prévoie plusieurs sources d’approvisionnement en matière première et plusieurs sites de fabrication lors d’une demande d’autorisation de mise en marché pour un médicament essentiel », mentionne le rapport.

Toujours dans le domaine législatif, le comité estime que toutes les entreprises pharmaceutiques devraient donner un préavis d’un an pour tout arrêt volontaire de production. Incidemment, au niveau provincial, il y aurait création d’une entité chargée de coordonner la gestion des ruptures de stock et de centraliser les informations névralgiques en cas de pénurie.

La mise en place d’incitatifs à produire les médicaments en rupture ou moins rentables est aussi abordée dans le rapport. Des incitatifs à l’approvisionnement continu ainsi que des pénalités en cas de rupture pourraient également être systématiquement intégrés aux contrats d’achats et aux ententes de remboursement indique le comité.

Enfin, fabricants, distributeurs et pharmaciens sont appelés à revoir certaines pratiques de gestion des stocks afin d’assurer la sécurité de la chaîne d’approvisionnement et à adopter des comportements éthiques et responsables en cas de pénurie.

Normand Bonin, président de  l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP), rappelle d’ailleurs qu’« en période de crise, la solidarité entre pharmaciens devient primordiale et que la collaboration doit dépasser le cadre des affiliations commerciales afin de faciliter l’usage équitable des médicaments disponibles ».

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