Animalité virtuelle à l’Agora de la danse

Camille LEPAGE-MANDEVILLE

Du 11 au 14 avril, la scène de l’Agora de la danse accueille les étudiants de deuxième année au baccalauréat en danse de l’UQAM pour leur spectacle de fin d’année, une pièce chorégraphiée par Manon Oligny. Un 60 minutes très intense qui transporte le spectateur dans un véritable jeu vidéo, un univers virtuel curieux, à la fois chaotique et organisé, où seuls les 24 interprètes connaissent les règles du jeu. Le tout, dans un décor de chasse. Absurde me direz-vous? Tout à fait!

La pièce est caricaturale, mais elle n’est pas grotesque ; elle est plutôt critique. En effet, à travers Tableau de chasse (pas selon la Nature), Manon Oligny formule un certain discours philosophique. En opposant l’animal à la machine, elle dénonce de façon très amusante la déshumanisation de la société par l’utilisation à outrance d’internet, des divers médias sociaux, des jeux vidéo, etc.

Une belle dualité s’installe entre animalité et virtualité, tant au niveau de la scénographie que de la gestuelle. Dans un décor à l’esthétique très léchée rappelant l’univers « Walt Disney », les danseurs interprètent des personnages de chasse. Tantôt sauvages, tantôt mécaniques, ils exécutent une chorégraphie intensément physique ; c’est une véritable course à obstacles! La structure de la pièce est si complexe qu’elle en est étourdissante… tel un jeu vidéo! Chaque tableau est un nouveau niveau de difficulté où les personnages courent, empruntent des trajets inutiles, tombent, sautent, s’écrasent les uns les autres, meurent, ressuscitent, accumulent des points et gagnent des vies supplémentaires.

Même la musique, énergisante pour ne pas dire agressante, rappelle le jeu vidéo. La chorégraphie ayant existée bien avant la trame musicale, Manon Oligny qualifie cette dernière de « tapisserie sonore ». Les techniciens n’ont en effet commencé à travailler la musique que deux à trois semaines avant la première représentation. Produite en « live », elle ne fait qu’amplifier l’ambiance virtuelle du spectacle, plongeant alors complètement le public dans la folie des personnages.

Le spectateur interrogateur pourra voir dans la mise en scène crue une critique de la chasse. Un autre pourra déceler dans le décor volontairement kitsch une critique de la société de consommation. Quoi qu’il en soit, l’approche de Manon Oligny cherche manifestement à rendre la danse plus accessible au grand public. Le scénario de Tableau de chasse (pas selon la Nature) est sans prétention ; il est naïf, drôle et original. On sent également que la chorégraphie a été construite autour des 24 danseurs qui l’exécutent. La chorégraphe a su profiter des divers talents de ses élèves ; certains sont acrobates, d’autres font la comédie. Il est évident que les danseurs sont fiers de leur numéro et dégagent une généreuse énergie ; on en sort revitalisé!

Dans la catégorie: Culturel

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