Quand Quentin Tarantino rencontre Pinocchio le jour de l’Armageddon
Jeanne DAGENAIS-LESPÉRANCE
Et si la Terre survivait malgré tout, mais pas les humains?, s’est demandé le marionnettiste Ronnie Burkett il y a quelques années à la suite de l’écoute d’une entrevue de David Suzuki. Qu’arrivera-t-il durant les trois derniers jours de l’existence humaine sur la planète? Une extraordinaire fable, Penny Plain, est née de cette réflexion sur la fin du monde et paraît plus pertinente que jamais en ces temps troubles pour l’environnement mondial. Cette fantastique performance offerte à la Cinquième salle de la Place des Arts du 12 au 21 avril tombe à point pour se préparer à la manifestation monstre du Jour de la Terre organisée le 22 avril.
N’allez pas croire que Burkett tombe dans le prêchi-prêcha écologique pour autant. Sa pièce convainc par un humour noir poussé à l’extrême plutôt que par une didactique environnementaliste fataliste. Quelques larmes finissent par tomber à travers nos nombreux éclats de rires. Cela est dû entre autres à l’ingéniosité des dialogues que met en scène Burkett dans ce qu’on pourrait qualifier de thriller gothico-apocalytico-absurde.
En effet, la vieille aveugle Penny Plain nous émeut tout autant qu’elle nous amuse. Son chien Geoffrey, à caractère anthropomorphique, la quitte au début de la pièce pour partir à la découverte du monde en tant qu’homme avant l’autodestruction de l’humanité. Tenteront de le remplacer auprès de la dame un chihuahua charmeur, un caniche niais et une petit fille se prenant pour un chien. Une myriade d’autres personnages plus insolites les uns que les autres troubleront la quiétude de cette pauvre dame, qui assiste à la fin du monde de sa pension pour vieillards. Mentionnons notamment un banquier travesti, un couple d’Américains cherchant refuge au Canada, une lesbienne tueuse en série, Geppetto Jones et son fils Pino.
Inutile de dire qu’on ne s’ennuie pas du tout avant l’apocalypse.
Encore une fois, Burkett prouve par cette pièce son extraordinaire talent de marionnettiste autant que celui de dramaturge. Les personnages de bois prennent vie sous nos yeux. Chacun de leurs mouvements est exécuté avec tant de précision qu’on en finit par oublier complètement la présence du marionnettiste. Il fait d’ailleurs à lui seul les voix des douze personnages pendant qu’il opérera les trente-trois marionnettes les représentant. Ses prouesses techniques valent à elles seules le prix du billet de spectacle.
On aurait d’ailleurs bien aimé qu’un certain compatriote albertain de Burkett se déplace du 24 Sussex pour venir assister à l’histoire de cette vieille aveugle. Ça lui aurait peut-être ouvert les yeux.
Dans la catégorie: Culturel
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