Ottawa se contente d’une stabilité des émissions polluantes
Hugo PRÉVOST
Le gouvernement fédéral a annoncé mercredi que ses émissions polluantes étaient demeurées stables de 2009 à 2010, ce qui rapprocherait Ottawa de son objectif de diminuer de 17 pour cent, d’ici 2020, les émissions de gaz à effet de serre sous le niveau de 2005. Cette affirmation a toutefois soulevé la colère des milieux environnementaux, qui ne voient là qu’un nouvel exemple de l’hypocrisie des conservateurs en matière de lutte aux changements climatiques.
Reprenant l’affirmation selon laquelle il est nécessaire de conjuguer croissance économique et protection de l’environnement, le ministre de l’Environnement Peter Kent et le secrétaire parlementaire Jacques Gourde ont estimé que les statistiques dévoilées mercredi témoignaient de « l’efficacité » du travail mené par Ottawa afin de concilier la nécessité d’avoir un environnement plus propre et plus sain et celle de préserver les emplois et la croissance.
« Au moyen d’une approche responsable et pratique à l’égard de l’environnement et de l’économie, nous continuerons dans cette voie », a mentionné le ministre Kent.
Le gouvernement du Canada a simultanément publié le Rapport d’inventaire national, le rapport sur les données soumises par les installations dans le cadre du Programme de déclaration des gaz à effet de serre et un rapport d’ensemble connexe ainsi que le rapport sur les indicateurs de gaz à effet de serre issu du programme des Indicateurs canadiens de durabilité de l’environnement. Ces trois rapports sont publiés ensemble pour garantir plus d’uniformité et fournir à la population canadienne une image cohérente des niveaux d’émission dans l’ensemble du pays, mentionne le ministère par voie de communiqué.
Selon ces rapports, les émissions polluantes auraient également diminué de 48 mégatonnes depuis 2005 (quoique demeurant bien loin des objectifs du Protocole de Kyoto, dont le Canada s’est retiré à la fin 2011), les émissions par habitant demeureraient à un niveau « historiquement bas » de 20,3 tonnes en équivalents de dioxyde de carbone par personne, et les émissions polluantes auraient diminué dans presque tous les secteurs, y compris dans le secteur pétrolier et gazier et celui de la production d’électricité.
Environnement Canada admet cependant une partie de l’ampleur du problème de la pollution atmosphérique en indiquant que « bien que les émissions aient augmenté de 17,5 pour cent depuis 1990, notre économie a connu une croissance de 60,5 pour cent ». Rappelons que l’objectif de diminution de 17 pour cent des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 se fait en tenant compte de l’indice de référence de 2005, ce qui veut dire que le Canada ne tiendrait pas compte de 15 ans de croissance des émissions polluantes dans le calcul de son bilan énergétique.
Sans surprise, cette annonce gouvernementale a « consterné » l’organisme Équiterre. « Cette réduction est attribuable aux efforts conjoints de l’Ontario, de la Colombie-Britannique, du Québec ainsi que d’autres provinces canadiennes en matière de lutte aux changements climatiques », estime-t-on, et non pas attribuable aux efforts et politiques du gouvernement fédéral.
« Aujourd’hui, ce qu’on nous annonce avec fierté, c’est que nous avons découplé le lien qui unissait GES et PIB, ce qui revient à dire que nos émissions de gaz à effet de serre demeurent stables malgré la croissance de notre PIB. Or, ce phénomène s’est amorcé au début des années 1990 », explique Steven Guilbeault, coordonnateur général adjoint d’Équiterre. « Ce que le gouvernement Harper oublie de nous dire c’est que nous nous sommes engagés à réduire nos gaz à effet de serre et non à les augmenter! Il n’y a donc pas matière à se réjouir », ajoute-t-il.
Dans la catégorie: Science et Environnement
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