Mitt Romney : le vainqueur inopportun

François DOMINIC LARAMÉE

Avec l’abandon de Rick Santorum, plus aucun obstacle ne se dresse devant Mitt Romney dans sa course à l’investiture républicaine en vue de l’élection présidentielle de novembre prochain. Cependant, Romney devra maintenant confronter un problème plutôt grave pour un politicien qui aspire aux plus grands honneurs: personne ne l’aime.

Rick Santorum annonçant son retrait de la course

La phase «compétitive» de la course à l’investiture présidentielle républicaine a pris fin brutalement hier, lorsque l’ex-sénateur de la Pennsylvanie Rick Santorum a mis un terme à sa campagne pour prendre soin de sa fille de trois ans, gravement malade. (Strictement parlant, Santorum n’a que «suspendu» sa campagne, ce qui lui permettra d’obtenir le remboursement d’une partie de ses dépenses électorales, ce qui n’aurait pas été possible s’il avait officiellement abandonné.) Il faut dire que Santorum n’avait plus beaucoup d’espoirs: après des défaites cinglantes au Maryland et au Wisconsin la semaine dernière (et une primaire à laquelle il n’était même pas inscrit, faute d’organisation, dans le District de Columbia), il se dirigeait vers une lutte au coude à coude dans son propre État le 24 avril prochain. Le plus récent sondage Public Policy Polling le plaçait même cinq points derrière Romney, et une défaite à domicile aurait certainement causé des dégâts considérables à ses aspirations politiques futures, qu’il s’agisse d’une autre tentative présidentielle en 2016 ou d’un retour au Sénat dans un avenir plus ou moins rapproché.

Mais si Mitt Romney n’a plus d’adversaires crédibles au sein du Parti républicain (quoiqu’en pensent Newt Gingrich et quelques-uns des partisans les plus survoltés du libertarien Ron Paul), la campagne contre Barack Obama s’annonce difficile pour une raison gênante: les Américains n’aiment pas Mitt Romney. Un récent sondage mené pour le compte d’ABC News et du Washington Post accorde au président sortant une avance de 38 points sur la question «Lequel des deux candidats vous semble le plus sympathique», de 26 points sur la question «Lequel vous inspire le plus», et de 10 points sur «Lequel est le plus constant dans ses positions» et sur «Auquel faites-vous le plus confiance pour représenter les intérêts de la classe moyenne». Obama reçoit aussi la faveur des Américains en ce qui concerne la santé, les affaires étrangères, les politiques sociales, la compréhension des problèmes économiques des gens ordinaires, et même (ce qui est très inquiétant pour les Républicains) la lutte au terrorisme. Romney ne reçoit la faveur populaire qu’en matière de lutte au déficit et de politique énergétique, tandis que les deux candidats sont à égalité statistique en ce qui concerne la gestion de l’économie et la création d’emplois.

Plus inquiétant encore pour Romney: si les Américains n’aiment pas l’ex-gouverneur du Massachussetts, les Américaines n’aiment pas les Républicains en général. La récente dérive fondamentaliste contre la contraception, pilotée par Rick Santorum et par l’animateur de radio Rush Limbaugh mais dans laquelle Romney s’est laissé entraîner, a démoli les appuis républicains au sein de l’électoral féminin: dans les 12 États où la lutte devrait être la plus serrée l’automne prochain, et où Romney menait sur Barack Obama au début du mois de mars, le président sortant détient maintenant une confortable avance de neuf points, entièrement définie par la différence entre les intentions de vote des hommes et des femmes. En effet, Romney mène sur Barack Obama par un point chez les hommes, mais il tire de l’arrière par 18 points chez les femmes – un score pire que celui de John McCain, qui avait perdu l’électoral féminin par 12 points en 2008. Plus significatif encore: les femmes de 50 ans et moins sont deux fois plus favorables au candidat démocrate qu’au républicain, ce qui devrait inquiéter non seulement Mitt Romney mais aussi bien des candidats républicains qui tenteront de se faire élire au Congrès dans des États et des districts dits «modérés» et qui devront affronter la colère des électrices eux aussi.

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