Transcendance du corps sur musique de Stravinsky
Valérie LANGLOIS
C’est un tryptique d’une incroyable intensité qu’a présenté le chorégraphe Stijn Celis, lors de la soirée Stravinsky des Grands Ballets Canadiens. Bien que la musique du célèbre compositeur russe soit à l’honneur, c’est avec Chopin et Scarlatti que Celis a décidé d’ouvrir la soirée, avant de passer aux œuvres magistrales que sont le Sacre du Printemps ainsi que les Noces d’Igor Stravinsky.
Tout en introspection, Anima, chorégraphiée sur un nocturne en ut mineur de Chopin ainsi que sur une sonate en si mineur de Scarlatti nous offrait un voyage dans l’imaginaire masculin. Une femme et deux hommes se trouvaient sur scène, dans un décor minimal, qui amplifiait l’aura de mystère entourant le personnage féminin et sa relation avec les deux autres personnages.
Venait ensuite le Sacre du Printemps, œuvre magistrale et controversée en sept tableaux, où le chorégraphe aborde des thèmes reliés à l’exclusion sociale et de la pression des pairs. Des groupes se forment, la tension entre ceux-ci est palpable, on ne peut que retenir notre souffle, face au sacrifice de l’unicité de l’individu au profit de l’acceptation sociale. La musique, elle, dans toute sa brutalité, vient enrober la prestation solide des danseurs, pour venir bouleverser profondément le spectateur.
Stravinsky aura mis plus de six ans pour paufiner l’orchestration des Noces, toute dernière chorégraphie au programme pour la soirée. À la base, la pièce ne raconte que le récit d’un mariage arrangé entre paysans, par des poèmes et des textes traditionnels russes. Cependant, Stijn Celis a su se l’approprier et la transformer, avec ses chorégraphies fougueuses, en critique du mariage forcé. La farouche opposition féminine à ce destin matrimonial, ce refus obstiné, viendra s’opposer au calme résigné d’une contrepartie masculine, venant ainsi balancer l’énergie dégagée sur scène. L’atmosphère est écrasante et tendue, traduisant avec justesse les émotions reliées à l’interdiction de choisir soi-même son élu. L’utilisation des accessoires, ici des bancs, venait ajouter une lourdeur au drame vécu par les deux parties.
Stijn Celis, avec sa soirée Stravinsky, aura finalement offert un voyage intérieur mouvementé, par ses critiques impitoyables d’une société prompte au rejet et d’une vie conjugale imposée, et mis en mouvement d’une manière brutale, qui n’a pas manqué de bouleverser le public plus d’une fois.
Dans la catégorie: Culturel
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