Radio-Canada abolira 650 postes sur trois ans

Hugo PRÉVOST

Radio-Canada a annoncé mercredi les effets des compressions de l’ordre de près de 200 millions $ sur trois ans annoncées la semaine dernière dans le cadre du budget fédéral. Plus de 650 employés du diffuseur public perdront leur emploi au cours des trois prochaines années, y compris 475 au cours de l’année 2012-2013. La société d’État, forcée de réduire ses services et surtout ses dépenses, prévoit également une baisse de son offre à l’international, ainsi que le retour des publicités à la radio.

L'entrée des bureaux montréalais de Radio-Canada. Photo : Radio-Canada

Selon les informations diffusées par la SRC elle-même, les coupes budgétaires imposées par le gouvernement Harper, de l’ordre de 115 millions $ sur trois ans, sans compter environ 80 millions $ en primes de départ lors de la même période, représentent une diminution d’environ 10 pour cent de l’enveloppe budgétaire de la société, dont le financement s’élève à un peu moins de 1,1 milliard $.

La direction prévoit pouvoir compenser ces pressions financières avec 50 millions $ de dollars en nouveaux revenus, et compte réduire ses dépenses de 150 millions $. Pour ce faire, la taille des services français, anglais, et de l’administration sera réduite, avec l’élimination de 215 postes du côté anglais, 153 du côté français et de 105 chez l’administration avant le 31 juillet 2012. Sur trois ans, les services anglais et français élimineront respectivement 256 et 243 postes équivalents à des emplois à temps plein, tandis que 151 employés de l’administration devront eux aussi libérer leurs bureaux.

Du côté de la programmation, si la rumeur voulait que le service des sports soit éliminé, il n’en est rien. Radio Canada International (RCI), la voix de Radio-Canada à l’étranger, devra toutefois repenser entièrement son mode de fonctionnement, abandonnant la diffusion radio pour se concentrer uniquement sur le web.

« RCI poursuivra sur le web sa mission de faire rayonner à l’étranger les valeurs démocratiques canadiennes », a déclaré Hubert Lacroix, président-directeur général de Radio-Canada.

Il n’y aura plus de bulletins de nouvelles et les sections russe et brésilienne seront fermées. Ainsi, RCI se concentrera sur les cinq langues les plus parlées par son auditoire : français, anglais, espagnol, arabe et mandarin, précise Radio-Canada sur son site Internet. Cette transformation de RCI devrait permettre d’économiser 10 millions $.

Autre point important, cadrant dans l’objectif d’augmenter les revenus « autogénérés », selon le terme employé par M. Lacroix, la SRC déposera une demande à la SRC pour que les chaînes de radio CBC Radio 2 et Espace Musique puissent ajouter de la publicité et des commandites à leur programmation. « Cette mesure nous permettra, grâce à CBC Radio 2 et à Espace musique, de demeurer un lieu de découverte pour les amateurs de musique canadienne. L’engagement de CBC Radio 2 et d’Espace musique envers leur rôle de soutien et de vitrine de la musique canadienne, tous genres confondus, restera aussi fort », a mentionné M. Lacroix.

Toujours à la radio, les émissions de nuit à la Première Chaîne seront annulées, et le budget de production musicale à Espace musique réduit. Les créneaux de diffusion régionale sur les ondes d’Espace musique seront diminués de moitié.

Radio-Canada accélèrera également la mise hors services des derniers émetteurs analogiques qui transmettent encore le signal télévisé de la SRC à environ deux pour cent des Canadiens qui n’ont pas fait le saut au numérique à la fin de l’été dernier, économisant du même coût 10 millions $.

Stratégie revisitée

La SRC devra par ailleurs vraisemblablement retravailler et repousser l’entrée en vigueur de diverses mesures contenues dans sa stratégie de développement pour l’horizon 2015 intitulée 2015 : Partout, pour tous. « Même si le plan de CBC/Radio-Canada a été conçu spécifiquement pour protéger la Stratégie 2015, la Société devra également réduire ses ambitions dans certains secteurs, notamment l’expansion du service local, les chaînes spécialisées numériques, le nombre de grands événements qu’elle produit et/ou le budget qui leur est consacré, et les projets de programmation transculturelle », indique la SRC par voie de communiqué.

Une réaction du Syndicat des communications de Radio-Canada, affilié à la CSN, et principal partenaire de la campagne Amis de Radio-Canada, est attendue pour 16h, à Montréal.

D’autres mesures de réorganisation à Radio-Canada pourraient être dévoilées dans les heures et les jours qui suivront.

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