Jabbarnack!, ou la famille québécoise revisitée
Valérie CARRIÈRE
C’est le 27 mars dernier à l’Espace Libre que Jean Asselin et Réal Bossé nous ont présenté, par le biais d’une solide équipe de comédiens, le fruit de leur travail : Jabbarnack!
Adaptation libre de Jabberwocky de Lewis Carroll et inspiré par le juron québécois bien connu, la pièce nous présente une famille qu’on pourrait dire typique. On assiste littéralement à la conception et à la naissance de chacun des enfants, le tout fait avec pudeur (aucune nudité) mais en gardant une belle folie théâtrale.
C’est un total de sept comédiens (deux parents et cinq enfants) qui jouent devant nos yeux. Les enfants s’aiment une minute et se chamaillent la minute d’après. Tout ce qu’il y a de plus normal en fait.
Malheureusement, un des enfants, le garçon du couple de jumeau, est pris à parti par les autres membres de la famille. Autant ses parents que ses frères et sœurs le rejettent, l’insultent, lui disent des bêtises. Il décide donc de fuir vers la forêt, à l’abri de ceux qui auraient dû l’aimer et le protéger.
La pièce est très physique : les comédiens sont très actifs sur scène, se déplaçant constamment. Il y a même des chorégraphies de danse, réglées au quart de tour. Malgré que ce soit la première, il n’y a aucune hésitation, aucun faux pas. Les comédiens maîtrisent à merveille leur texte et leur corps.
Il y a de longs moments de silence, intimidants mais nécessaires à la fois. Le message passe alors par le corps et l’expression faciale. C’est parfois amusant, parfois troublant mais toujours intéressant.
Entre les scènes ou le rejeté semble à l’affut de sa famille, qui lui veut sans doute du mal, on assiste également à des éléments de la vie quotidienne, des confessions sur les bons et moins bons coups de la vie. Qui ne s’est jamais fait prendre par l’attrait d’une info-publicité pour ensuite se rendre compte que c’était un achat inutile? Qui n’a jamais fait semblant de ne pas voir un mendiant ou une personne recueillant des dons pour une œuvre de charité? Ce moment de vérité dure à peine quelques minutes mais nous réconcilie avec nos propres travers et nous rassure sur notre humanité.
Le garçon abandonné et sa famille se revoient dans un entrecroisés de phrases banales, les parents et les autres enfants feignant de s’intéresser à son sort et à sa personne en général. Le jeune garçon n’est pas dupe et il a un plan bien précis en tête. Qu’il mènera à exécution au moment où l’on s’y attend le moins.
La pétillante Sylvie Moreau fait partie de la distribution et bien qu’elle soit la plus connue de la bande, elle ne fait pas ombrage aux autres, bien au contraire. On a devant nous une grande comédienne qui sait mettre les autres en valeurs, au profit de l’art.
Jabbarnack!, maîtrise d’œuvre par Réal Bossé et Jean Asselin, à l’Espace Libre jusqu’au 21 avril.
Dans la catégorie: Culturel
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