Un tissu urbain aux odeurs d’hôpital
Hugo PRÉVOST
Vieillissement de la population, prédominance des allergies, maladies de toutes sortes, cancers… la société moderne a mal, et les inconvénients de la vie urbaine pour les citadins sont tous les jours un peu mieux compris. Conséquemment, les penseurs urbains et les dirigeants politiques doivent décider si, oui ou non, il est essentiel d’adapter les politiques publiques et l’aménagement urbain pour faire non seulement face à cette vague de futurs retraités, mais également aux problèmes de santé qui gangrènent la population. Le Centre canadien d’architecture (CCA), avec son exposition En imparfaite santé, tente d’offrir un début de réponse.
La société et l’architecture sont malades, tente-t-on de nous faire rapidement comprendre; malades d’une surexposition aux matériaux modernes allergènes et cancérigènes, d’une part, et malades d’une conception adaptée à une génération, autrefois dans la mi-vingtaine, et qui approche aujourd’hui plutôt de la mi-soixantaine. Résultat : une majorité de bâtiments – privés et publics -, de places publiques, de centres hospitaliers, de modes conception sont à revoir pour être non seulement adaptés au vieillissement de la population, mais également pour être davantage rapprochés de la nature, histoire de rattraper une partie des erreurs immondes commises au nom du développement économique et urbain qui laisse souvent des épaves de béton polluées derrière lui.
Ne disposant que d’un espace d’exposition limité, les commissaires Miko Zardini – qui est également directeur et conservateur en chef du CCA – et Giovanna Borasi ont su en tirer profit en maximisant le contenu exposé sous forme de tableaux, graphiques, plans, sans oublier des documents vidéos et quantité d’objets divers venant agrémenter les diverses thématiques de l’exposition, soit de la pollution aux maladies, en passant par l’agriculture, entre autres.
La division des pièces, quant à elle, a tout d’une reconceptualisation de l’espace urbain : les pièces sont petites et en enfilade. Le tout est à des fins muséales, certes, mais laisse présager d’un avenir, sans doute assez rapproché, où l’étalement urbain sera renversé pour plutôt mieux diviser les pièces déjà existantes pour en maximiser le fonctionnement.
Au fil de la visite, on découvre divers projets, en cours ou passés, dans le cadre desquels des architectes, des urbanistes et des penseurs politiques ont tenté de réinventer la société, histoire d’en faire un lieu plus saint, mieux adapté à la nature environnante, et donc divergente de l’impression de « forêt de béton » que dégagent de nombreuses villes et banlieues de la planète. On n’apercevra d’ailleurs aucun projet québécois parmi les maquettes, plans et photos présentés, ce qui en dit certainement long sur le chemin qu’il reste à parcourir dans la province en terme de mixité entre la ville et la nature dans un contexte plus sain.
En imparfaite santé propose autant un retour dans le passé qu’une profonde réflexion sur l’avenir de l’urbanisme, de la planification urbaine et des décisions politiques. Alors que la société occidentale – et mondiale – s’apprête à vivre un véritable choc générationnel, il est plus que temps de remettre en question le modèle actuel de société et de conception urbaine pour mieux intégrer les différents apports générationnels. Histoire, entre autres, de se débarrasser de l’image de « mouroir » accolée aux résidences pour personnes âgées…
En plus d’offrir une exposition fort intéressante et diversifiée, le CCA publie également une massive combinaison de catalogue de l’exposition et de recueil d’essais sur cette médicalisation de l’architecture. L’ouvrage, superbe, renferme quantité de photos et de textes explicatifs qui combleront les passionnés de design, d’architectures, mais également de questions sociétales. Le livre est disponible à la librairie du musée.
En imparfaite santé est présentée au CCA jusqu’au 15 avril.
Dans la catégorie: Société
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