Le nouveau programme de recherche sur le climat est un « gaspillage », selon l’AQLPA

Hugo PRÉVOST

Très dure sortie de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), mercredi, alors que l’organisme a taillé en pièces la récente annonce du gouvernement fédéral en matière de protection de l’environnement, plus particulièrement en ce qui a trait à la recherche sur les changements climatiques et l’atmosphère. Au dire de l’AQLPA, ces sommes annoncées ne sont qu’une bien mauvaise récupération de fonds issus de la fermeture d’une importante station de recherche en Arctique.

À la fin de mois de février 2012, plusieurs médias rapportaient que la station PEARL (Polar Environment Atmospheric Research Laboratory), installée dans le grand nord canadien à Euréka et qui mesure les effets du réchauffement climatique depuis 2005, fermerait au printemps faute de financement. Les scientifiques mentionnaient alors que le milieu de la recherche n’avait pas vu la couleur des 35 millions $ annoncés dans le budget fédéral au début de l’année 2011 pour la recherche sur les changements climatiques.

L’AQLPA joint cette annonce à d’importantes réductions de dépenses annoncées la même année dans plusieurs départements de recherche d’Environnement Canada, ainsi que l’élimination de programmes de financement de recherches en environnement, ou encore la modification de leurs critères pour limiter le nombre de demandes déposées. Selon l’organisme, il s’agit là du triste état des lieux en matière de recherche sur les changements climatiques au pays, ce qui handicaperait sérieusement la capacité d’agir du gouvernement fédéral dans le dossier, si tant est qu’Ottawa ait envie d’agir.

Pour l’AQLPA, ces 35 millions $ manquants refont toutefois une apparition « sous la forme d’une annonce d’un gouvernement supposément engagé à lutter contre les changements climatiques », soit l’Initiative de recherche sur les changements climatiques et l’atmosphère (RCCA), administrée par Industrie Canada via le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG). Ce programme, précise le site Internet qui y est consacré, devrait permettre de générer « des connaissances sur les processus physiques, chimiques et biogéochimiques liés aux systèmes climatiques et atmosphériques et permettra l’application de ces connaissances à des fins de compréhension et de prévision du temps et du climat », en plus de constituer « l’assise de la conduite d’autres études et évaluations de l’incidence sociale, économique et écologique des changements climatiques et de l’élaboration des stratégies et des mécanismes d’adaptation », pour permettre, à terme de servir de « fondement à l’élaboration de mesures qui font économiser de l’argent et améliorent la vie des Canadiens ».

Les projets pourront recevoir des subventions allant de 500 000 $ à un million $ par année, pendant un maximum de cinq ans.

« Le Canada avait déjà les structures, chercheurs et programmes permettant d’atteindre les objectifs du nouveau programme. Le Canada ne peut plus honnêtement prétendre espérer devenir un « chef de file mondial en matière de recherche sur le climat » alors qu’il est le seul pays signataire du Protocole de Kyoto à se retirer, qu’il muselle ses scientifiques, qu’il démantèle les instances existantes et coupe les vivres aux scientifiques et programmes établis et reconnus dans les dossiers des changements climatiques, de la surveillance de la couche d’ozone, du suivi des pluies acides et du contrôle du smog », a déclaré André Bélisle, président de l’AQLPA.

« Ce sont des années de travail, de ressources financières et des compétences scientifiques gaspillées qui ne pourront être compensés sans perdre beaucoup au change. Avec l’accélération des changements climatiques et l’augmentation de l’intensité des effets, nous n’avons pas de temps à perdre avec de tels détours. Un gouvernement véritablement voué à la lutte au changement climatique consoliderait les acquis, augmenterait substantiellement les investissements en recherche et multiplierait les initiatives sur le plan international pour participer à la mise en place de solutions mondiales », soutient l’AQLPA par voie de communiqué.

« Le gouvernement Harper veut plutôt réécrire à sa manière les livres des connaissances sur la science du climat et les impacts du réchauffement climatique et il fait des appels de propositions pour remplacer ce qui allait déjà très bien avant leurs coupures absurdes, ce qui est totalement inacceptable et démontre l’intention du gouvernement canadien de faire diversion une fois de plus », conclut André Bélisle.

Dans la catégorie: Science et Environnement

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