Casa de mi Padre – La bande de SNL débarque au Mexique
Kelly-Anne BONIEUX
Will Ferrell est un acteur « caméléon » réputé pour ses comédies ludiques et ses choix de personnages hauts en couleurs (Zoolander, Elf, Anchorman: The Legend of Ron Burgundy). Mais parfois, une langue de jeu ne suffit pas; il faut en ajouter une autre à son tableau de chasse. Ce sera chose faite avec Casa de mi Padre, où l’on verra Ferrell pour la première fois donner la réplique (en espagnol) à de grands acteurs hispanophones tels que Gael Garcia Bernal, Diego Luna et Pedro Armendariz Jr.. Entouré de ses précieux collaborateurs des années Saturday Night Live (Matt Piedmont à la réalisation, Andrew Steele à la scénarisation, Adam McKay producteur), cette comédie satirique/pastiche/ridicule nous fait découvrir le monde impitoyable des trafiquants de drogue mexicains à travers l’utilisation d’une série de clichés culturels typiques mais rigolos.
Armando Alvarez (Ferrell) mène une existence paisible et vit sur le ranch familial niché au milieu des terres arides du Mexique. Il ne désire rien de plus que de satisfaire son père exigeant (Pedro Armendariz Jr.) et qui sait, peut-être un jour, trouver la femme de sa vie. Mais c’est alors que son frère Raul (Diego Luna), un homme d’affaires accompli à qui la vie a (trop) souri, débarque à l’improviste accompagné de sa charmante fiancée Sonia. À peine sont-ils arrivés que le tout-puissant narcotraficante Onza (Garcia Bernal) fait également son apparition, et c’est à ce moment que les ennuis commencent. Armando se retrouve alors malheureusement coincé entre tout ce beau monde pour une fiesta qui s’annonce explosive.
À la lecture du synopsis, l’histoire pourrait paraître dramatique et assez classique. Mais ce serait mal connaître la bande du SNL, qui profite de cette mise en scène abracadabrante pour mettre à l’avant-plan la vraie nature de leur film: celle d’un ouvrage « hommage » aux Spaghetti Westerns, au cinéma mexicain des années 70-80, mais surtout aux telenovelas, un genre de feuilleton mélodramatique extrêmement populaire en Amérique latine. Le résultat? Sans contredit un film qui a du potentiel et qui fait rire. La force comique que le pastiche de ce genre de cinéma leur offre est exploité jusqu’au dernier gag (allant de la présence constante des cigarettes, aux crises de larmes successives, et même à l’utilisation d’arrière-plans peints!).
Mais cette célébration cinématographique du « quétaine » mexicain vient également avec son lot de risques, dont celui de prendre son public pour plus idiot qu’il ne l’est et de lui vendre parfois des blagues de qualité inférieures sous prétexte qu’elles mettent en valeur certains aspects de la vie au Mexique… On se demande également jusqu’à quel point le pastiche de tous ces genres est « accessible » et divertissant pour un spectateur qui ne connaîtrait pas forcément les références visuelles et culturelles sur lesquelles Casa de mi Padre s’appuie.
En revanche, lorsque les Américains entrent en scène, le film réussit et convainc franchement. Les cinéastes plaisantent tant sur l’ignorance de leur propre peuple que sur tous ces clichés de drogues et de crises familiales si souvent associés au Mexique. Et ça marche; quelques des meilleures blagues du film naissent de la confrontation de ces deux cultures. Il s’agit ici d’un « choc culturel » un peu facile, certes, mais le fond de vérité qui s’y cache déclenche sans contredit le rire.
Casa de mi Padre est un film où originalité et gags faciles se mélangent l’un à l’autre, donnant souvent quelque chose d’intéressant, mais également quelques moments un peu moins réussis. Mentionnant tout de même l’excellent travail de Will Ferrell, qui parle dans un espagnol presque sans tache, ainsi que celui de tous les autres acteurs de la production. Genesis Rodriguez (Sonia) allie habilement crises de larmes et humour; Gael Garcia Bernal et son ami de longue date Diego Luna se déclare une guerre sans merci à travers la fumée de cigarette, la police corrompue et les services secrets américains. Bref, un film comique pour le moins inégal, mais au concept inattendu et surprenant.
Dans la catégorie: Culturel
Mots-clef: adam mckay, affiche, andrew steele, bande-annonce, casa de mi padre, cinéma, cinéma américain, comédie, culture, Culturel, diego luna, espagnol, film, gael garcia bernal, humour, long-métrage, matt piedmont, mexique, pedro armendariz, telenovela, will ferrell
