Se perdre dans les méandres de la solitude
Hugo PRÉVOST
L’homme est seul, sur la scène comme dans la vie. Mal-aimé, réussissant difficilement à s’adapter aux codes complexes de la vie sociale contemporaine, il adopte un python, qu’il nommera prosaïquement Gros-Câlin. Au-delà de la simple exclusion, toutefois, la pièce du nom de ce sympathique lézard, jouée à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier, propose une réflexion intéressante sur l’intégration sociétale en ces temps de rectitude et de mimétisme personnel.
Il vit seul, donc. Statisticien à l’emploi d’une grande boîte, menant une existence monotone confinée à son cubicule et à son petit appartement désert, il cherchera à combler son vide affectif en adoptant un python, animal peu typique, et normalement pas particulièrement prompt à démontrer de l’affection. Qu’à cela ne tienne, ce sont les autres qui devront s’adapter à lui, et non l’inverse.
La pièce, adaptée d’un roman de Romain Gary, est portée à bout de bras par Pascal Contamine, qui en signe le texte, la mise en scène et s’occupe de l’interprétation. Seul dans cette petite salle, il fait tour à tour rire et réfléchir le public, tout d’abord en déstabilisant par sa maladresse sociale, mais plus tard par sa tristesse et son incompréhension des codes sociaux complexes qui régissent les interactions humaines. Après tout, c’est bien connu, « dans un grand agglomérat, il faut s’adapter ».
Au fur et à mesure que la pièce avance, les éclats de rire se font plus distants, le comédien entre davantage dans le vif du sujet. Devons-nous absolument nous conformer à un idéal de société? Comment s’intégrer efficacement au sein d’un groupe de personnes? Mieux, est-il nécessaire de s’intégrer, en tout ou en partie? Dans le cas d’une absence d’intégration, des rapports avec cette société qui ne nous correspond pas doivent-ils malgré tout être entretenus?
Théâtre oblige, Pascal Contamine n’aura pas la réponse à toutes ces questions, d’autant plus qu’on devine assez rapidement là où il désire nous emmener. Quelques cafouillages viendront ralentir le rythme, mais l’ensemble plaît, d’autant plus que l’époque s’y prête plus que jamais, avec ces gouvernements combattant à tous prix les gens sortant du moule social ou économique, quitte à s’enliser dans la Crise, celle avec un grand c, qui ronge les sociétés occidentales et capitalistes de l’intérieur.
À bien y penser, Gros câlin pourrait être assimilée à un coup de pouce pour tous ces grévistes, ces contestataires, ces manifestants, ces occupants de Wall Street, ces partisans de la différence, de l’originalité, de l’innovation, le tout avec toutefois un message quelque peu pessimiste : vous n’obtiendrez pas nécessairement ce que vous voulez, en amour comme dans la vie, et il faudra vous battre jusqu’au bout pour faire changer la société, plutôt que d’être assimilé par elle.
Gros câlin, adaptation et mise en scène de Pascal Contamine, jusqu’au 7 avril
Dans la catégorie: Culturel
Mots-clef: adaptation, amour, Culturel, différence, gros câlin, intégration sociale, interprétation, jeu, lutte, mise en scène, originalité, pascal contamine, pièce, pièce de théâtre, romain gary, salle fred-barry, sentiments, texte, théâtre, théâtre denise-pelletier
