Halal : une polémique sans fin

Julie HAMAÏDE

Alors que le Parti Québécois vient d’exiger le portrait de l’abattage rituel des animaux pratiqué au Québec, il serait grand temps de faire de point sur cette polémique. D’où vient-elle? Est-elle légitime? Et surtout, vise-t-elle les bonnes personnes?

À la mi-mai, Marine Le Pen, candidate du Front National, un parti d’extrême droite, à la présidentielle française affirmait que « l’ensemble de la viande distribuée en Ile-de-France, à l’insu du consommateur, est exclusivement de la viande halal ». Faux. Selon Jean-Baptiste Galloo, vice-président de la Maison de l’élevage d’Ile-de-France et éleveur de bovins, « Marine Le Pen a fait un grossier amalgame. Les cinq abattoirs de bovins, ovins et veaux d’Ile-de-France ne pratiquent plus que l’abattage rituel depuis plusieurs années », mais « l’abattage en Ile-de-France représente moins de deux pour cent de la consommation de viande dans la région! »

Malgré les démentis, en France, la polémique a enflé à la suite des propos de Madame Le Pen, avec une réponse de la part de députés émettant une proposition de loi dont l’adoption rendrait obligatoire la mention « abattage après étourdissement » ou « abattage sans étourdissement » sur la viande.

Il existe en effet un aspect sur lequel le consommateur n’a pas toutes les informations nécessaires : savoir d’où vient la viande qu’il achète. Or, la question ne se limite pas au fait de savoir si la viande est halal ou non, mais bien aux techniques d’abattage et au respect des réglementations.

En France, les règles d’abattage découlent d’un règlement européen où l’étourdissement de l’animal est obligatoire, à l’exception des cas suivants : abattage rituel (halal et kasher), mise à mort du gibier d’élevage lorsque le procédé utilisé, qui doit être préalablement autorisé, entraîne la mort immédiate ou mise à mort d’extrême urgence. Ainsi, l’abattage rituel n’a pas à répondre à la réglementation européenne, même si certains abattoirs décident volontairement d’étourdir leurs bêtes. Selon AVS (A Votre Service), label de certification halal, en France 70 pour cent des bêtes abattues rituellement sont des volailles ; et sur ces 70 pour cent, 90 pour cent sont étourdies par électronarcose avant la saignée (comme en abattage standard).

Étourdissement ou non : quelle différence ?

Difficile de savoir quelle technique d’abattage est la meilleure. En France, l’étourdissement n’est devenu obligatoire que depuis les années 1960, et permettrait, selon certains, d’amoindrir les souffrances animales. Néanmoins, comme nous le précise Brigitte Gothière, de l’association de protection animale L214, « même avec étourdissement, il ne faut pas oublier que la mise à mort des animaux ne peut se faire sans douleur et stress ». En effet, l’étourdissement n’est pas la panacée puisqu’il s’effectue par percussion –il s’agit pour les bovins de leur perforer le crâne avec un pistolet à tige et d’en détériorer le cerveau-, ou par électronarcose –envoi de courant électrique. Pour le site d’information Al-Kanz, spécialisé sur la question de la viande halal, « si tuer un animal ne se fait jamais sans douleur, le tuer par égorgement sans étourdissement n’est pas nécessairement plus douloureux, si tant est que l’on procède avec soin. » Il pointe ainsi du doigt les mauvaises procédures d’étourdissement, qui rendent la mise à mort encore plus douloureuse et stressante pour les animaux. Pour l’association L214, les enquêtes menées dans les abattoirs traditionnels français montrent malheureusement souvent un non-respect des règles en vigueur. « Dans beaucoup de cas, on a pu constater des infractions à la réglementation ayant des conséquences plus ou moins grave sur les animaux », explique Brigitte Gothière.

L’égorgement rituel, un acte barbare?

Si la polémique pointe du doigt l’égorgement rituel, certains affirment que cette technique serait la meilleure. Selon Yves-Marie Le Bourdonnec, boucher militant, auteur de l’Effet bœuf« l’abattage par égorgement est le plus efficace pour éviter le stress de l’animal. Et je le constate tous les jours. Quand on a instauré l’étourdissement, on l’a fait pour les cadences infernales des abattoirs. Ce n’est pas du tout pour le bien-être animal. Il faut arrêter de penser ça. » Une version soutenu par le site Al-Kanz : « l’industrialisation de l’abattage rituel et les exigences de rentabilité amènent les abattoirs à négliger le bien-être des animaux ». Un bien-être initialement au centre des préoccupations chez les musulmans.

Skander L ., boucher halal en Île-de-France, nous explique :  « l’abattage rituel halal est intimement lié à la minimisations des souffrances animales. Lors du sacrifice d’une bête, il faut très bien aiguiser sa lame pour réduire la douleur, mais pas devant l’animal pour ne pas l’effrayer. Il est aussi recommandé d’abreuver l’animal avant l’acte pour le détendre et de ne pas le sacrifier devant d’autres bêtes. Il est vrai qu’en France, ces conditions sont rarement respectées dans les abattoirs. Les cadences infernales ne permettent pas de telles précautions ». Des cadences imposées par un marché qui poussent les abattoirs à faire fi du bien-être animal.

Halal, Kasher ou non, la viande que nous mangeons passe forcément pas des abattoirs plus ou moins bien tenus. Bien sûr, le consommateur doit savoir ce qu’il a dans son assiette et a le droit de choisir, mais pour cela, il faut l’aider à se poser de bonnes questions. Êtes-vous prêts à payer plus cher pour manger un animal qui aura été correctement traité toute sa vie ; de son alimentation à son passage sur les chaînes d’abattoir ?

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Commentaires (1)

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  1. marcolivier pelletier dit :

    Il y a plein de choses que je trouve ilogique dans l’abatage allal.Premièrement, trancher la gorge d’un animal avec une lame très bien aiguisé est peu douleureux alors qu’entailler d’autre partie du corps est atroce pour l’animal. De plus, trancher la gorge d’un humain a toujours été extrèmement douleureux pour les humains.

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