Médias : l’avenir est (encore une fois) sur le web. Mais à quel prix ?

Hugo PRÉVOST

Les médias sont morts… vive les médias! Médias écrits, radio, télé, en ligne… le monde des médias et du journalisme est, depuis plusieurs années, un véritable maelström au sein duquel sont projetés les analystes, mais également les artisans du milieu eux-mêmes, sans oublier les consommateurs d’information et de divertissement, que ce soit sous une forme ou une autre. Afin d’y voir un peu plus clair, le Pew Center’s Projet for Excellence in Journalism, l’un des instituts d’analyse les plus réputés dans le domaine, a publié lundi son État des médias d’information pour l’année 2011. Sans surprise, l’avenir semble au tout numérique. Mais est-ce vraiment le cas?

Deux mille onze, l’année de la nouvelle révolution numérique. Le terme est audacieux, mais le rapport du Pew Research Center n’est aucunement trop tendancieux. Après tout, le développement d’une multitude d’appareils électroniques – tablettes, téléphones intelligents plus performants, ultraportables, télévisions branchées – aura consolidé les assises d’une démultiplication des supports d’information déjà entamée depuis plusieurs années.

Selon le document, plus de 40 pour cent des Américains possèdent désormais un téléphone intelligent, et un citoyen du pays de l’Oncle Sam sur cinq a une tablette électronique -très probablement un iPad, dont le fabricant Apple continue de dominer outrageusement le marché.

Les appareils mobiles permettraient d’ailleurs aux consommateurs d’information d’obtenir un petit « plus » sur les autres supports, tout en donnant un petit coup de pouce au journalisme d’enquête et les longs reportages, une forme de journalisme que l’on croyait pourtant fortement menacée par la multiplication des sites proposant une information condensée sous la forme de manchettes, la croissance de la popularité du service de microclavardage Twitter et l’ »électronification » de l’information avec l’ajout de visuels, vidéos et autres formes multimédia de journalisme.

Cette technologie désormais omniprésente contrôlerait d’ailleurs de plus en plus l’avenir des médias. Les revenus publicitaires provenant des publicités web et sur les diverses plateformes mobiles n’ont beau ne pas compenser pour l’argent perdu sous forme de publicités traditionnelles dans les journaux, par exemple – et dans un taux de huit dollars perdus en mode traditionnel, révèle le rapport -, cela n’empêche pas les médias écrits de se précipiter en ligne, quitte à se casser la tête par la suite pour tenter de trouver une solution payante, souvent au prix d’une réduction importante de la taille des salles de presse, et donc du nombre de journalistes employés dans le milieu.

Les géants se mobilisent

Conscients qu’il y a beaucoup d’argent à faire en ligne, à condition de céder à la tentation de l’intégration verticale ou horizontale, les grands noms de l’électronique, Google, Amazon, Facebook, Apple et quelques autres sont à pied d’oeuvre pour offrir chacun des services complémentaires et des plateformes publicitaires intégrées à leurs annonceurs, tout en développant des environnements complets pour éviter que les internautes aillent voir ailleurs.

Pour les médias, cela veut dire devoir traiter avec diverses entreprises, souvent à des conditions différentes – et pas toujours avantageuses – pour pouvoir offrir leurs produits sur tablette, par exemple. Cela pourrait également vouloir dire qu’il est nécessaire de choisir une plateforme particulière, quitte à négliger les autres, et donc des revenus potentiels.

Dans cette déferlante numérique, le rapport du Pew Center contient toutefois quelques découvertes surprenantes. Le fait, tout d’abord, que les médias sociaux sont importants pour faire circuler les nouvelles, mais qu’ils ne sont pas les principaux moteurs de la diffusion de l’information. Du moins, par pour l’instant. Ainsi, pas plus de 10 pour cent des 133 millions d’Américains disposant d’un compte au sein de l’un ou l’autre des réseaux sociaux suivent « très régulièrement » les recommandations de leurs contacts au sein de ces réseaux. Et ceux qui cèdent à la tentation utilisent malgré tout toujours des méthodes plus traditionnelles pour avoir accès à leurs informations, y compris en se rendant directement sur le site Internet des médias qu’ils désirent consulter, ou en utilisant des applications spécialisées.

La vie privée toujours au centre des préoccupations

Au fur et à mesure que les techniques publicitaires se développent sur Internet, celles-ci entraînent leur lot de complications et de problèmes reliés à l’utilisation des données personnelles des internautes à des fins de marketing. Google, avec ses publicités ciblées, est d’ailleurs spécialiste de la technique consistant à utiliser les informations sur les préférences de ses utilisateurs (et le contenu de leurs courriels, par exemple) pour offrir des publicités personnalisées.

Si un précédent rapport du Pew Center soulignait que les médias en ligne étaient d’ailleurs en retard en termes d’utilisation de cette technique pour maximiser leurs revenus, l’État des médias 2011 précise que les médias doivent désormais développer une méthode de rendre leurs méthodes publicitaires en ligne plus efficaces et plus lucratives, sans toutefois briser le lien de confiance bâti avec les consommateurs d’information en ce qui concerne la gestion de leurs informations personnelles.

L’année 2012 pour les médias, l’année de tous les dangers? Le refrain est malheureusement connu…

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