FIFA : Gaudí et Haussmann, deux visions opposées de la ville
Émilie PLANTE
L’un érige des bâtiments aux formes organiques, s’inspirant de la nature, du divin et de l’humain, tandis que l’autre projette d’aérer une ville, de la moderniser et de la doter d’infrastructures adaptées à une ère de renouveau. Gaudí (1852-1926), un architecte catalan et Haussmann (1809-1891), un fonctionnaire français, qui, à leur façon, ont contribué à valoriser leur patrimoine bâti et urbanistique, étaient à l’honneur au Centre canadien d’architecture ce vendredi.
Réalisé par Lizette Lemoine et Aubin Hellot, Gaudí, le dernier bâtisseur raconte l’histoire de ce génie de l’architecture catalane à travers ses œuvres marquantes. Plusieurs figures de l’histoire de l’art, de la muséologie et autres spécialistes qui s’efforcent de terminer l’immense chantier inachevé de la Sagrada Familia relatent dans ce documentaire les faits saillants de la carrière de Gaudí, illustre bâtisseur de la forme et de la lumière.
Le film de Lemoine et Hellot est le portrait d’un artiste qui s’inspirait de la nature, fait qui est largement évoqué dans des prises de vue montrant les paysages qui ont façonné son désir de créer des œuvres vivantes. Car les lignes droites et l’architecture sans âme ne l’intéressaient guère. Les images filmées le prouvent d’ailleurs assez bien : ses constructions imitent les formes naturelles, se prolongent parmi les arbres et les rocs, se dessinent à travers le béton de la ville.
Les sommités interrogées dans le cadre de ce documentaire sont unanimes : Gaudí a su faire preuve d’une spécificité qui surpasse tout autre artiste de son époque. D’ailleurs, la majorité des intervenants interviewés s’enorgueillissent de la grande sélection d’œuvres du maître catalan classées au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.
La vie de l’architecte, dépeinte à la fois de manière personnelle et artistique, est retracée de façon quasi pédagogique dans ce film qui dure environ une heure. Gaudí a en quelque sorte façonné le caractère unique de Barcelone grâce à ses monuments qui incarnent l’identité catalane et c’est ce que Gaudí, le dernier bâtisseur tente de démontrer. Un documentaire somme toute plutôt classique, avec des intervenants à la verve chaleureuse, un sujet remarquable, mais dont le rendu reste modeste. Peut-être pour refléter l’attitude modeste de l’homme?
Haussmann et un Paris revampé
Dans un second temps, le film Comment Haussmann a transformé Paris d’Yves Billon, présente ce fascinant projet d’urbanisme mené d’une main de fer par Haussmann. Ni architecte, ni ingénieur, l’homme qui agissait plutôt à titre de fonctionnaire visait le progrès pour une ville qu’il voulait fière et noble.
À une époque où à Paris subsistaient encore les relents du Moyen Âge à travers ses rues trop étroites et insalubres, dans une zone de la France qui devenait à la fois surpeuplée et inaccessible, des travaux de réfection furent réclamés par Napoléon III. L’Empereur a confié à Haussmann, nouvellement préfet de la Seine, la tâche d’exécuter un vaste chantier de rénovation. Le film d’une cinquantaine de minutes relate toutes les étapes de cette grande aventure qui a changé la physionomie de la ville de Paris.
Le documentaire raconte comment Haussmann s’est chargé d’assainir la ville par un réseau d’égouts et de canalisation d’eau, puis comment il a mis en œuvre un plan visant à faciliter la circulation et à connecter entre eux les quartiers névralgiques et les zones d’importance de Paris.
Comment Haussmann a transformé Paris retrace aussi les aspects moins reluisants de cette transformation urbanistique. D’une part, les classes défavorisées, perçues comme potentiellement dangereuses par Haussmann et ses acolytes, et qui vivaient dans les parties les plus insalubres de la ville, ont été expropriées par le préfet qui n’avait cure des citoyens moins nantis. De plus, les historiens interrogés dans ce documentaire expliquent que le fonctionnaire a été destitué suite à des manœuvres visant à inventer des emprunts masqués, manœuvres qui ont d’ailleurs fortement endetté la ville.
Bien que fort instructif, impeccablement documenté et découpé en segments très clairs, le film de Billon est à l’image de l’esthétique haussmannienne : quelque peu aride, rigide et répétitif.
Deux hommes, deux visions. Cette projection double révèle deux regards sur la ville, l’un plus mystique, l’autre plus systématisé. Intéressants malgré quelques défauts mineurs, les deux films présentent des images d’archives et des entrevues fouillées qui sauront piquer la curiosité des amateurs d’architecture et d’urbanisme.
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