30 millions de tonnes de CO2 pour l’agriculture chinoise

Pieuvre.ca

Le nombre est effarant : 33 millions de tonnes. Il s’agit là de la quantité de dioxyde de carbone (CO2) rejetée, sur une base annuelle, par l’immense système d’irrigation chinois. C’est, du moins, le total auquel parvient l’University of East Anglia (UEA), au Royaume-Uni, dans une étude publiée mardi dans Environmental Research Letters.

Le système d'irrigation chinois est responsable de l'émission de plus de 30 millions de tonnes de CO2 par année. Photo : Jinxia Wang / Centre chinois sur la politique agricole

La Chine, devenue depuis quelques années le plus grand pollueur de la planète, doit nourrir une population toujours croissante. N’alimente pas plus d’un milliard d’habitants qui veut, et à besoins criants, moyens titanesques. Le problème, en fait, est que si l’agriculture correspond à environ 17 pour cent des émissions polluantes, il est toutefois nécessaire d’utiliser environ 500 litres d’eau pour produire une petite miche de pain.

La pollution est en faite produite par l’immense système nécessaire pour pomper l’eau jusqu’aux champs et l’énergie essentielle pour faire fonctionner celui-ci. L’eau, extraite des nappes phréatiques, nécessite parfois des forages profonds de 70 mètres, précise l’étude, qui est la première à calculer la quantité de pollution ainsi dégagée.

L’étude, le résultat d’une collaboration entre la School of International Development de l’UEA, l’UEA Water Security Research Centre, le Tyndall Centre for Climate Change Research, le Centre chinois de politique agricole, l’Académie chinoise des sciences agricoles et l’Université Cranfield, a été réalisée grâce à des données recueillies dans 366 villages répartis dans 11 provinces chinoises. Les chercheurs ont ensuite extrapolé à partir des résultats pour calculer les émissions causées par le pompage de l’eau dans les 20 autres provinces de l’Empire du Milieu.

Si la pollution totale générée par l’irrigation ne représente qu’un peu plus de 0,5 pour cent des émissions totales de la Chine, il s’agit toutefois d’un volume similaire à celui dégagé par la Nouvelle-Zélande en une année, précisent les chercheurs.

L’utilisation de la nappe phréatique pour l’irrigation en Chine est passée de 10 milliards de mètres cubes en 1950 à plus de 100 milliards de mètres cubes aujourd’hui.

Selon le professeur Declan Conway, il existe généralement un manque surprenant d’information concernant l’énergie nécessaire pour l’utilisation de l’eau. « L’irrigation est fondamentale pour assurer la sécurité de l’approvisionnement alimentaire en Chine, puisque le pays est le deuxième plus important utilisateur de ce type de système sur la planète. Il est vital de déterminer les sources d’émissions de gaz à effet de serre dans le cadre de l’utilisation de l’eau à des fins agricoles pour concevoir et mettre en place des politiques durables pour l’avenir. »

Au dire du professeur Jinxia Wang, du Centre chinois de politique agricole, l’amélioration de l’accès aux technologies de pompage, à de l’énergie abordable et à la capacité de contrôler directement l’accessibilité de l’eau ont mené à une expansion massive de l’exploitation des nappes phréatiques dans de nombreuses régions d’Asie, particulièrement en Chine et en Inde. « La petite taille des opérations de pompage rend la réglementation et le contrôle de son utilisation très difficile. »

En vertu d’une population croissante, des changements climatiques et de la transition socio-économique du pays, l’étude prévoit que les problèmes de manque d’eau, déjà flagrants en Chine, ne pourront qu’empirer,  à moins que l’État ne mette en place des politiques de gestion de l’eau améliorées.

Dans la catégorie: Science et Environnement

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