Capital Confiance ou cyniquo-réalisme
Xavier PROULX
Première en sol québécois, la création de Transquinquennal et du collectif Groupe Toc débarque à Montréal et y déverse son fiel cynique sur les planches bien bétonnées de l’Espace Libre. Cet accueil sur le sol montréalais constitue une première en Amérique du nord pour ces collectifs Belges habitué des tournées à Charleroi, Bruxelles et autres villes du Plat Pays.
La crise. Le capitalisme néo-libéral. C’est le mal du siècle. Entre 1816 et 1929, le capitalisme a traversé pas moins de 14 crises; de véritables crises de confiance en le système. Comment y survivre ? Comment la résoudre ? Le remède miracle serait-il placé dans une confiance absolue du train-train quotidien et aliénant de la société ? Dans Capital Confiance, le collectif Belge nous énumère des pistes de solutions assaisonnées au vitriol.
Un univers cynique et visuel, froid et glauque, qui se marie parfaitement à l’atmosphère bétonnée de l’Espace Libre. À mi chemin entre la performance et le monologue, la pièce est constitué d’une série de tableaux à la frontière de l’absurde. Chaque tableau est toujours accompagné d’une trame de fond fixe, où les comédiens portent alors des masques grotesques ou des costumes moulants et deviennent eux-mêmes des témoins ridicules de la scène.
Un pingouin nous fera la lecture de toutes les solutions possibles à la crise, alors que d’autres voix proposeront indéfiniment d’autres solutions « radicales » pour y mettre fin. Les clins d’œil à l’actualité des dernières années foisonnent et sont succulents. On notera un léger remaniement du texte pour l’adapter aux réalités québécoises, à la frontière entre l’humour absurde et la triste réalité médiatique. Un bon moyen de mettre fin à la crise ? Par exemple « Aller sur la Lune exprès pour y retirer son scaphandre, ou rentrer travailler chez France Télécom le lundi… »
Un autre tantôt, un obèse prendra sur lui toute la problématique de la crise, chiffres à l’appui. Un moment fort de la performance. On l’aura indiqué comme le bouc-émissaire de tous les maux de la société. Une séance d’auto flagellation transpirant le malaise d’une responsabilité sociale que personne ne souhaite accepter. Car on s’adresse ici directement au public, à chaque personne de la salle, qu’elle soit chômeur, étudiant, pauvre, riche, heureuse ou malheureuse.
Pendant qu’une télévision nous démontre à quel point la vie est belle, on n’hésitera pas non plus à jouer du marteau piqueur ou à saupoudrer les linceuls des morts qui se trouvent au sol. Car Capital Confiance c’est l’éternel ballet entre la jouissance de la vie – on fera même faire au public des exercices respiratoires – et la libération cynique par la mort.
Et à tout moment les spectateurs peuvent choisir d’interrompre le spectacle en appuyant sur un bouton situé au dessous d’un volumineux écriteau lumineux. Comme quoi le choix personnel d’un seul individu pourrait se répercuter sur l’ensemble de la population. Car nous sommes tous responsables de nos actes. On raconte d’ailleurs que dans une des représentations européennes, ce fut le cas. Les comédiens se sont alors arrêtés nets, mettant fin à la représentation. Une prise de liberté qu’heureusement aucun spectateur ne prit mardi soir, ce qui permit de naviguer jusqu’à la scène finale le sourire (bien jaune) aux lèvres. Nous avions été prévenus par le jeu brillant du monologue d’ouverture : nous sommes un bon public. Eux sont l’offre, nous étions la demande. Le tableau final est à rire de tristesse. Un corps qui tombe du ciel et un papillon qui se dirige tout droit vers son piège lumineux. Le cynisme à l’état brut. Ça a fait bizz et c’était génial!
Malgré quelques petits sauts de mots dans le jeu des comédiens – c’était soir de première – Capital Confiance s’impose comme une performance solide, allumée, intelligence et toute cyniquo-réaliste. De l’excellent théâtre.
Capital Confiance est présentée à l’Espace Libre jusqu’au 17 mars.
Capital Confiance from Transquinquennal on Vimeo.
Dans la catégorie: À la une • Culturel
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