Toute la force de Kundera sous forme musicale

Hugo PRÉVOST

L’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) présidait à nouveau, mardi soir, à une union entre la littérature et la musique classique dans le cadre du concert de musique de chambre Kundera & la musique. Véritable mariage entre les écrits de cet auteur franco-tchèque et les compositeurs ayant directement marqué son oeuvre, le concert aura par ailleurs permis d’apprécier l’acoustique en mode musique de chambre de la Maison symphonique.

Milan Kundera

Ambiance intime, donc, dans cette salle dont les incroyables propriétés sonores ne sont plus à redire. Le public était réuni dans la section du coeur et sur l’estrade même, parfois à quelques mètres seulement des musiciens. Aux commandes du concert, le seul et unique Guy Nadon, dont la voix grave et riche donnait l’impression d’un Kundera âgé, certes, mais toujours alerte, et aux souvenirs vifs.

Les extraits littéraires choisis pour l’occasion étaient quant à eux bien entendu particulièrement adaptés au programme musical, Kundera y parlant entre autres de Leos Janacek, un compositeur tchèque né à Brno, la même ville que l’auteur, et mort un an seulement avant la naissance de celui-ci. Igor Stravinski et Bedrich Smetana fermaient la marche de ce concert d’un peu moins de deux heures.

Une entrée musico-littéraire avec Janacek, donc, et son Quatuor à cordes no 1, « Sonate à Kreutzer », une pièce vivante, dynamique, fougueuse comme un train fonçant à travers la campagne de cette Europe centrale. À l’interprétation, les violonistes Brigitte Roland et Katherine Palyga, l’altiste Lambert Chen et le violoncelliste Sylvain Murray font des merveilles, d’autant plus que la pièce de Janacek, « changeant de rythme pratiquement à chaque note », écrivait Kundera, ne se laisse pas dompter facilement.

Suivra le Concertino pour quatuor à cordes du Russe Igor Stravinski, composé alors qu’il se trouvait à Paris, une autre pièce résolument contemporaine aux accents et aux sursauts aussi nombreux que les rides sur le visage de Kundera. Un morceau, en fait, aussi tortueux que certaines oeuvres de l’auteur, mais tout autant mélodieux dans son ensemble.

Suivra, finalement, le Trio avec piano en sol mineur de Bedrich Smetana, à la facture plus classique, mais tout autant agréable à l’oreille. Cette fois, Maneli Pirzadeh s’installe au piano pour livrer une interprétation magistrale. Le piano gronde, les violons tonnent dans toute leur majesté, et on croirait se trouver devant un orchestre entier, tant l’énergie dégagée est impressionnante. Un peu à l’image de Kundera, encore un fois, lorsque l’on sait qu’un seul homme peut produire un tel maelström littéraire.

Dans la catégorie: Culturel

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