La fin du parcours pour Gingrich ?

François Dominic LARAMÉE

Newt Gingrich avait décrit les primaires républicaines de l’Alabama et du Mississippi, qui avaient lieu hier, comme des victoires obligées («must win»). Pari perdu: c’est l’autre candidat de la droite radicale, Rick Santorum, qui y a reçu la faveur des électeurs. Les pressions sur Gingrich pour qu’il abandonne la course, permettant ainsi l’unification des forces ultra-conservatrices opposées à Mitt Romney, se feront d’autant plus intenses que, malgré des résultats gênants dans les États du Sud, Romney termine la soirée avec plus de nouveaux délégués que ses rivaux grâce à des victoires à Hawaï et à… Samoa.

Newt Gingrich se retrouve en difficulté après les victoires de Rick Santorum

L’Alabama et le Mississippi comptent parmi les États américains les plus conservateurs, les plus religieux, les moins scolarisés, et les plus pauvres. Il y avait donc peu de chances que Mitt Romney, un multimillionnaire originaire du Nord dont la foi mormone est considérée comme suspecte par de nombreux chrétiens évangéliques, y fasse bonne figure. Romney a bien tenté de séduire cet électorat sceptique à coups de «y’all» bien sentis, d’activités partisanes en compagnie de l’humoriste «redneck» Jeff Foxworthy et de compliments envers les «grits», sorte de bouillie de maïs qui fait partie des classiques de la cuisine locale, mais rien à faire: non seulement il a perdu, il a même terminé troisième dans les deux États. Pas très loin derrière le vainqueur (Santorum) et le malheureux deuxième (Gingrich), mais troisième quand même.

Encore une fois, les résultats de Santorum ont dépassé significativement les prédictions des sondages, et même celles des «exit polls», entrevues réalisées avec les électeurs à la sortie des bureaux de scrutin. Deux explications ont été avancées: les électeurs de Santorum se méfient des médias et des sondeurs et refusent donc de leur parler… Ou bien ils n’osent pas avouer leur préférence pour le candidat le plus radical depuis des décennies.

Romney peut toujours se consoler en comptant ses délégués: avec 29 pour cent du vote en Alabama, 30 pour cent au Mississippi, et des victoires écrasantes à Hawaï et aux Samoa américaines, il devrait (selon les calculs de NBC) recevoir 42 votes supplémentaires au congrès national républicain contre 38 pour Santorum. Rien de tel pour Newt Gingrich, qui avait absolument besoin de victoires dans ces États voisins de sa Géorgie natale pour maintenir sa crédibilité dans la course, lui qui a du mal à franchir la barre des 15 pour cent à l’extérieur du Deep South. Or, puisque Gingrich et Santorum ont des clientèles relativement semblables, et que celles-ci souhaitent d’abord et avant tout barrer la route au «modéré» Romney, les pressions sur Gingrich pour qu’il cesse de diviser le vote de droite seront certainement considérables – même s’il a juré de rester dans la course jusqu’au bout.

Ceci dit, si Romney connaît des problèmes gênants dans les États du Sud, ces problèmes ne risquent pas beaucoup de l’affecter lors de l’élection présidentielle de novembre si jamais il remporte l’investiture républicaine. Car aux yeux des républicains du Sud, n’importe qui serait infiniment supérieur à Barack Obama: des sondages publiés au cours de la dernière semaine rapportent que plus de 86 pour cent d’entre eux croient que Barack Obama est un musulman ou ne sont pas certains de son allégeance religieuse, tandis que 29 pour cent de ceux du Mississippi et 21 pour cent de ceux de l’Alabama considèrent que les mariages inter-raciaux (comme celui qui a donné naissance au Président) devraient être illégaux…

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