Formation en journalisme : les universités sont mésadaptées

Hugo PRÉVOST

Plus que jamais, l’avenir du journalisme se trouve en ligne. Si cette affirmation est répétée à satiété depuis quelques années, une note d’information publiée la semaine dernière sur le blogue de LinkedIn, le réseau social centré sur le marché du travail, vient cimenter la tendance en révélant que l’industrie des journaux traditionnels représente le secteur d’activité se situant tout en bas des industries en déclin aux États-Unis.

Au dire de Scott Nicholson, l’auteur de la note, le secteur des journaux a ainsi rétréci de 28,4 pour cent entre 2007 et 2011, un total tout ce qu’il y a de plus alarmant. À un tel point, en fait, qu’il est désormais pratiquement futile, aux eux de Robert Niles, du Online Journalism Review, de s’enrôler dans un programme de formation universitaire construit autour de la perspective d’un emploi dans un journal ou une publication journalistique écrite.

M. Niles est particulièrement stupéfait du fait que l’industrie des journaux papiers se retrouve carrément dernière dans le palmarès de LinkedIn, alors que l’économie américaine – et canadienne, tout n’est pas rose non plus de ce côté de la frontière – commence à peine à renouer avec une création stable et continue d’emplois.

« En raison de l’état du marché de l’emploi, quels sont les étudiants qui voudraient obtenir un diplôme en journalisme papier? Plus précisément, quelle université ou collège laisserait des étudiants aller dans cette voie? », s’interroge M. Niles.

La solution se trouverait sans doute du côté de la transformation vers l’imprimé et l’information numériques. Toujours selon la note de recherche de LinkedIn, les secteurs d’emploi « Internet » et de la publication en ligne arrivent respectivement deuxième et troisième dans la liste des secteurs les plus prometteurs, tout juste derrière le développement durable et l’économie verte. C’est d’ailleurs le secteur web qui a créé le plus d’emplois, et de loin, entre 2007 et 2011.

Pour les universités et collèges, toutefois, les traditions semblent avoir la vie dure, condamnant souvent des étudiants à dépenser des milliers de dollars pour obtenir une formation qui sera dépassée à l’obtention du diplôme, ou qui sera, au mieux, une sorte d’hybride entre le journalisme papier et le journalisme web.

« Malheureusement, trop de facultés de journalisme n’ont pas les professeurs et formateurs nécessaires pour ce changement de paradigme, mentionne M. Niles. Si les principes centraux de journalisme de qualité, d’écriture claire et lisible et de capacité de représenter des concepts abstraits avec peu de mots demeurent les mêmes pour le journalisme en ligne, les étudiants en journalisme d’aujourd’hui doivent également être formés en entrepreneuriat et apprendre comment construire et gérer efficacement des communautés dans un environnement dynamique, le tout en temps réel et dans un contexte interactif. »

Les universités et collèges doivent s’adapter en quatrième vitesse, plaide ainsi M. Niles, pour éviter que de nouvelles cohortes de jeunes journalistes inadéquatement formés ne viennent grossir le nombre… des jeunes journalistes inadéquatement formés déjà à la recherche d’un emploi dans un marché de l’emploi au sein de publications papier traditionnelles déjà surchargé.

« Le recrutement excessif d’étudiants dans des champs d’expertises en décroissance est un scandale en devenir dans le domaine de l’éducation supérieure. Du moins, ça devrait l’être », tranche Robert Niles.

Dans la catégorie: Société

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