Présidentielle américaine – À défaut de la gloire, la victoire
Fançois Dominic LARAMÉE
La bonne nouvelle pour Mitt Romney, c’est qu’il a gagné les élections primaires républicaines dans six des dix États à l’enjeu lors du «Super Tuesday». La mauvaise, c’est qu’il n’a pas gagné de façon très convaincante. Et si une majorité des délégués au congrès national républicain choisis hier se rangeront dans son camp, une analyse du vote démontre que Romney demeure plus que vulnérable dans les États qui détermineront l’issue du scrutin présidentiel de novembre.
Sans surprise, Romney l’a emporté au Massachusetts, dont il a été gouverneur pendant quatre ans; au Vermont, où la droite religieuse n’a pas beaucoup d’assises; et en Virginie, où ses deux principaux adversaires Rick Santorum et Newt Gingrich n’apparaissaient pas sur les bulletins de vote, faute d’avoir obtenu les signatures d’électeurs nécessaires. Romney a aussi gagné en Idaho et en Alaska, qui enverront relativement peu de délégués au congrès national. Pendant ce temps, les châteaux-forts républicains du Sud échappaient tous à Romney: tel que prévu, la Géorgie a jeté son dévolu sur son enfant chéri, Newt Gingrich, tandis que Santorum s’emparait de l’Oklahoma et du Tennessee. (Santorum a aussi gagné au Dakota du Nord.)
Mais de tous les États qui votaient hier, c’est l’Ohio qui a le plus attiré l’attention: après une soirée au coude à coude, Romney y a finalement devancé Santorum par un seul point de pourcentage, 38 à 37. À titre de comparaison, en 2008, John McCain avait gagné la primaire de l’Ohio contre le candidat de la droite religieuse de l’époque, Mike Huckabee, 60 à 31.
Or, l’Ohio constitue l’un des principaux champs de bataille lors d’une élection présidentielle; en 2008, Barack Obama y avait scellé sa victoire, et si le manque d’enthousiasme envers Romney devait convaincre quelques milliers d’électeurs républicains de rester chez eux le jour du vote… La même dynamique apparaît en Virginie, où Romney n’a pas franchi la barre des 60 pour cent contre un adversaire marginal, Ron Paul, et où le taux de participation a chuté de près de moitié par rapport à la primaire républicaine de 2008. Enfin, parmi les États où Romney a remporté les victoires les plus convaincantes, le Massachusetts est le seul dont le poids au collège électoral soit important – et puisqu’il s’agit de l’État le plus libéral du pays, les chances que Romney y batte Barack Obama sont infinitésimales.
Il n’en demeure pas moins que, du strict point de vue de la course à l’investiture républicaine, la soirée d’hier a été bonne pour Romney. Compte tenu des règles d’attribution des délégués, qui varient d’un État à l’autre et qui sont parfois pour le moins alambiquées, le New York Times estime que Romney dispose de 415 votes sur les 745 délégués choisis à ce jour, soit un peu moins de 56 pour cent du total. Mais à moins que l’un ou l’autre de ses adversaires ne jette l’éponge, la route vers la confirmation pourrait tout de même être longue: il faudra 1 144 délégués pour assurer la victoire, et plusieurs «gros» États du Sud, où Romney est loin de faire figure de favori, seront parmi les prochains à se prononcer.
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