Gérer ses employés en ligne, une voie d’avenir ?
Hugo PRÉVOST
Les avancées en informatique ont, au cours des dernières années, permis le développement de l’infonuagique – ou cloud computing -, ouvrant la voie à de nouvelles manières de travailler en ligne sans avoir recours à des dispositifs de stockage physiques, ou encore des salles de travail construites entre quatre murs. Des chercheurs veulent toutefois développer plus avant ce concept, et mettre sur pied un véritable écosystème permettant de gérer un groupe d’employés via le web, une tâche autrement plus complexe que la gestion d’un parc informatique.
Alors que les ressources numériques migrent de plus en plus rapidement vers un environnement sans frontières, la gestion des ressources humaines, elle, demeure contrainte par les facteurs physiques, et les normes de gestion n’ont pas ou peu évolué au cours des années, estiment les chercheurs du Karlsruhe Institute of Technology, en Allemagne.
Ces scientifiques soutiennent d’ailleurs qu’au moment où les capacités informatiques sont décuplées par les progrès technologiques, l’automatisation n’a pas réponse à tout, et des travailleurs humains sont toujours nécessaires pour accomplir certaines tâches qu’un programme informatique ou un robot sont incapables de réaliser, comme la traduction, la rédaction de textes – quoique cela soit moins vrai en journalisme sportif, entre autres – ou les recherches sur le web.
Si les tâches sont de grande ampleur, elles peuvent être divisées entre plusieurs individus dans ce qui est appelé des microtâches, et transférées pour être traitées en parallèle par plusieurs employés, une technique appelée « appel à collaboration payant ». À l’aide d’un portail en ligne, prévoient les chercheurs, les travailleurs pigistes peuvent s’inscrire et, en fonction de leurs qualifications, sélectionner des tâches qu’ils accompliront en temps et lieu, sans les nécessités de la gestion d’un groupe d’employés travaillant à un endroit précis, comme dans une entreprise traditionnelle.
Il s’agirait donc, tout compte fait, d’un concept de sous-traitance poussé au maximum, où ce n’est pas une entreprise tierce qui est embauchée, mais plutôt des travailleurs individuels. Hors de question, toutefois, de structurer une entreprise manufacturière de cette façon, par exemple; il ne s’agira, en toute logique, que d’entreprises effectuant leur travail sur support informatique, de la création graphique au journalisme, en passant par la comptabilité et le design publicitaire, par exemple.
Sur son site Internet, l’équipe de recherche mentionne d’ailleurs déjà posséder un partenariat avec Amazon, le géant de l’expédition et de la vente en ligne, via le service Mturk, qui permet d’embaucher des travailleurs virtuels pour effectuer des tâches en ligne. Ce type de structure d’entreprise pourrait être appelé à gagner en popularité dans les prochaines années, alors que la dématérialisation voit son importance décupler. La perte d’une unité d’employés sur un lieu de travail pourrait toutefois mettre à mal la structure des relations de travail entre employés et patrons, et forcer une restructuration du fonctionnement syndical dans le secteur des services un peu partout sur la planète, affaiblissant le rapport de force des travailleurs.
Dans la catégorie: Politique et Économie
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