Ottawa coupe les vivres à une station de recherche dans l’Arctique
Hugo PRÉVOST
Le Canada a perdu mardi une autre portion de ses capacités scientifiques, alors que le Laboratoire de recherche atmosphérique en environnement arctique (PEARL) cessera ses opérations principales, échelonnées sur l’année entière, à partir du 30 avril 2012. Ottawa n’aura finalement pas offert le financement nécessaire pour maintenir la station de recherche en activité, ce qui a suscité une série de commentaires négatifs de la part de la communauté scientifique canadienne.
Cette fermeture prive le CANDAC, le Réseau canadien de détection des changements atmosphérique, d’un point d’observation entre autres essentiel pour l’analyse des changements climatiques dans le Nord canadien et dans l’Arctique. La station, située sur l’Île d’Ellesmere, n’est qu’à 1100 kilomètres du Pôle Nord, soit 450 kilomètres plus au nord que Grise Fiord, le le village habité de façon permanente le plus au nord au Canada.
Les chercheurs et experts étaient nombreux, mardi, à exprimer leur déception face à cette annonce, même s’il est prévu qu’une nouvelles station de recherche arctique canadienne soit construite à Cambridge Bay, 1 300 kilomètres au sud de PEARL. Elle devrait être opérationnelle en 2017.
Pour le Dr James Drummond, professeur au départment de physique et des sciences de l’atmosphère à l’Université de Dalhousie, l’observatoire PEARL est l’un des seuls sites d’observations situés dans l’Extrême-Arctique. « La perte de cette station signifie qu’il y aura désormais un « trou noir » au-dessus du Nord du Canada, où les mesures devraient être effectuées. Le Canada désire réaffirmer sa souveraineté sur cette région de l’Arctique et devrait être à l’avant-plan de la recherche dans l’Arctique. S’il s’agit d’un cas où il faut utiliser des installations pour éviter de les perdre, nous sommes définitivement en train de les perdre. Le reste du monde observe à quel point le Canada s’intéresse véritablement à l’Arctique. Et la réponse est : pas beaucoup. »
Toujours selon le Dr Drummond, les domaines de recherche pouvant êtres explorés dans l’Arctique sont légion, allant de l’astronomie à la météorologie, l’étude de la pollution ou la médecine. « Il y a également un fort intérêt envers la région pour y tester une future mission sur Mars », ajoute-t-il.
« Les changements climatiques agissent rapidement dans l’Arctique. De plusieurs points de vue, c’est là où ces changements se manifesteront en premier. Les élévations de températures enregistrées à la station PEARL correspondent à cinq fois les moyennes planétaires. Avec la fermeture du centre de recherche, nous serons incapables d’observer ces changements et d’apprendre ce que cela signifie pour le reste du Canada. »
D’un océan à l’autre, chercheurs, scientifiques et experts déplorent la perte de cette station, qui permettait d’obtenir un aperçu nordique de divers problèmes qui affectent déjà, ou qui affecteront éventuellement le reste du pays ou le monde.
Au dire du Dr Gordon McBean, professeur de géographie et de science politique à l’Université de l’Ouest de l’Ontario, la fermeture de PEARL réduire de façon significative les capacités de recherche du Canada pour examiner l’aspect polaire de plusieurs problèmes, particulièrement l’amincissement de la couche d’ozone dans le climat arctique et le rôle des produits chimiques, des aérosols et autres polluants.
« Les premières installations ont été construites avec des fonds du Plan vert du premier ministre Brian Mulroney. Elles sont aujourd’hui fermées sans réel plan pour des recherches en Arctique du même genre. »
Il ne s’agit pas de ce qui pourrait être considérée comme première salve du gouvernement conservateur contre la recherche scientifique. Lors d’un récent congrès tenu à Vancouver, des chercheurs de partout sur la planète ont entre autres débattu de l’attitude du gouvernement Harper envers la communauté scientifique, plusieurs acteurs du milieu accusant carrément Ottawa de museler ses chercheurs pour empêcher la diffusion d’informations venant contredire la ligne de parti des conservateurs.
Depuis l’arrivée au pouvoir des troupes de Stephen Harper, de nombreuses initiatives scientifiques ont vu leur financement se réduire comme peau de chagrin, s’il n’était pas tout simplement annulé.
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