41 angles différents pour mieux comprendre le cinéma québécois
Hugo PRÉVOST
La défaite, dimanche, du long-métrage Monsieur Lazhar face à Une séparation lors des Oscar a certes privé le Québec d’une nouvelle statuette dorée représentant l’excellence de son cinéma. Le film de Philippe Falardeau, deuxième mise en nomination pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère en autant d’années, après Incendies, en 2011, vient toutefois rappeler que le cinéma d’ici continue à prendre du galon, à se développer, à s’améliorer. Un constat souvent oublié que le journaliste Martin Gignac a voulu cimenter dans son premier livre, Arrêt sur l’image.
L’oeuvre est ambitieuse : en près de 150 pages, l’auteur raconte 41 rencontres avec des géants du septième art québécois, comme avec des nouveaux venus. Classés sans ordre précis, ces entretiens tenant souvent en trois, voire quatre pages, ouvrent toutes grandes les portes d’un univers cinématographique trop souvent restreint aux grandes productions, bonnes et mauvaises.
« Je suis dans le domaine du journalisme en cinéma depuis 2005; je voulais contrebalancer mes entrevues dans le Métro et d’autres publications en écrivant un livre, explique M. Gignac. Au Québec, il n’y a pas beaucoup de portraits de cinéastes… peut-être deux ou trois où il y a 10 personnes. Alors, pourquoi pas? »
M. Gignac précise d’ailleurs qu’il préférait parler aux créateurs plutôt qu’aux comédiens, croyant qu’il apprendrait davantage sur le domaine en concentrant ses entretiens avec des réalisateurs.
Pourquoi, par ailleurs, choisir ces 41 réalisateurs? « Je voulais quelque chose de représentatif. Il y a des vieux de la vieille, des gens qui ont marqué le cinéma, comme il y a des petits nouveaux, qui vont peut-être marquer le milieu. Tout est mélangé dans le livre. Nous essayons de donner un échantillon représentatif de l’univers cinématographique québécois. »
L’auteur déplore d’ailleurs un certain manque d’accessibilité envers le cinéma québécois. Certes, des blockbusters prennent l’affiche dans de nombreux écrans, mais de nombreux petits films sont condamnés à n’être diffusés que dans un petit nombre de salle, pour une durée encore plus réduite, ou encore n’être projetés que lors des festivals, comme par exemple les Rendez-vous du cinéma québécois, dont la 30e édition prenait fin la semaine dernière.
Le problème de l’accessibilité est facile à remarquer « en dehors de Montréal, surtout, mentionne M. Gignac. Si on veut voir des bons films, bonne chance! On pourra peut-être les louer, et ce, encore, s’ils arrivent dans les clubs vidéo. Le problème est donc principalement un problème de distribution. On ne prend pas de risques pour distribuer des films qui sortent un peu de l’ordinaire. On se dit que ce genre de films ne sont pas populaires, mais ils ne sont pas populaires parce que le public n’en voit pas… »
Martin Gignac en a également contre le financement par l’État de productions à grand déploiement. « La quasi-totalité des films québécois ne font pas d’argent. Pourquoi, alors, ne pas donner des sous aux films qui n’auront pas le même succès que les grandes productions comme De père en flic?
Les cinéphiles trouveront, dans Arrêt sur l’image, plusieurs grands noms, bien entendu, comme Roger Cantin, Luc Picard, Micheline Lanctôt et Gilles Carle, mais également des jeunes loups : Xavier Dolan, Robin Aubert, Ricardo Trogi, et de nombreux autres ayant déjà commencé à laisser leur marque sur le paysage cinématographique du Québec.
En entrevue lors du lancement du livre, organisé mardi au Cinéma du Parc, Martin Gignac confie qu’un autre projet du même genre pourrait suivre ce premier livre. « Pas nécessairement un autre livre, mais certainement un projet touchant au milieu du cinéma. » Après tout, l’univers du cinéma au Québec est déjà complexe, fouillé, et mérite tout à fait qu’on s’y attarde, une image à la fois.
Dans la catégorie: Culturel
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