Douze coups de barre

Jeanne DAGENAIS-LESPÉRANCE

Longue performance que celle de El12 de la compagnie de danse flamenco contemporaine La Otra Orilla, jouée dans le cadre du Conseil des Arts de Montréal en tournée. Malgré une ambiance musicale magnifique et une danseuse techniquement impressionnante, la performance s’écrase comme un gâteau en manque de levure. Bref, on quitte la salle en se désolant du manque d’un ingrédient essentiel : un bon concept.

Utiliser le temps et l’horloge comme source d’inspiration ne révolutionne rien, et l’utiliser en continu sans développer l’idée en profondeur ne fait qu’ennuyer le public profondément. Aucune tension, aucun suspense ne sont transmis aux spectateurs. La tension dramatique reste à un stade bas plutôt constant durant l’heure et demi. Plate selon plusieurs sens du terme est donc la courbe narrative.

La performance se développe en tableaux mettant en scène différentes scènes de la vie reliées à des périodes précises (les jeux d’enfants, le mariage, la course au travail). Le concept tombe à plat rapidement, mais connaît cependant certains regains de vigueur pendant de brefs moments. La danse de la mariée et de la poupée s’avèrent magnifiques, bien qu’un peu longues. Fabuleux sont les costumes conçus par Susana Vera dans ces scènes,  mettant habilement en valeur la danse flamenco. La longue traîne de la robe blanche de la mariée s’enchevêtre dans les pieds de la danseuse et donne lieu à une exploration physique intéressante du mouvement.

Au niveau visuel, les projections de vidéos  de Laurent Routhier captivent littéralement et sauvent un peu l’attention du public. Des ombres projetées bougent indépendamment des corps, et donne une atmosphère mystique à la scène, qui se retrouve bien mal occupée le reste du temps.

La faction musicale du spectacle connaît moins de ratés cependant. Bien que la présence physique des musiciens sur scène et dans certaines danses paraissait un peu étrange par endroit (la rencontre entre la guitariste et la danseuse manquait cruellement de punch), leur occupation sonore du spectacle est réussie. Les musiciens (Caroline Planté, Éric Breton et Bob Benson) offrent en effet une prestation impressionnante. Les chants d’Hedi «El Moro» Graja émeuvent au final bien plus que la danse performée par Myriam Allard.

Une soirée bien décevante en résumé, qui promettait pourtant un alliage intéressant entre danse contemporaine et flamenco. Un spectacle avec certaines prétentions, mais sans grand accomplissement ou trouvaille révolutionnaire. La salle vieillissante du théâtre Outremont a cependant apprécié la performance jusqu’à offrir une ovation debout. C’était grand public, quoi.

Dans la catégorie: Culturel

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