RVCQ – Nuit #1, antidote ou soin palliatif
Anne-Marie PIETTE
En lice pour la Louve d’Or du Festival du Nouveau Cinéma de Montréal, sorti en salles en décembre dernier et revisité dans la soirée de mardi, dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois; Nuit #1, d’Anne Émond, se veut le témoignage d’une génération de jeunes adultes ayant encore à certains égards des comportements d’ados attardés. Pas qu’une simple histoire de baise, cette œuvre semie-autobiographique, à la base destinée à une poignée des propres amis de la réalisatrice, rejoint en réalité un nombre sidérant d’individus des générations X-Y.
Mis en scène de façon épurée et adroite, aux images magnifiques, nantis de gros plans au fini lugubre et caverneux, Nuit #1 nous confine dans l’intimité tant physique que géographique que forment à l’écran les personnages de Clara (Catherine de Léan) et de Nikolaï (Dimitri Storoge) dans l’appartement miteux de ce dernier.
Après s’être observés danser sur la piste de danse d’un rave, deux inconnus s’en vont baiser. Les premières minutes du film nous astreignent au rôle de voyeur: les seins, les fesses, l’érection, les baisers, la pause pipi, les soupirs, et l’orgasme de l’un et de l’autre suggérés par de petits râles respectifs.
Après l’amour, le dodo. Clara, insomniaque, se relève, se baigne et se tire. Nikolaï, réveillé en sursaut, acceptera mal cette conduite cavalière. S’ensuivra une longue nuit de discussion en perspective…
Très théâtral, garnis de monologues à la fois intenses et posés, de regards fuyants dans le vide et de décors restreints; il ne serait pas étonnant que Nuit #1 se retrouve un jour adapté pour les planches.
Quelques règles prévisibles, telles: «jamais deux sans trois», Clara s’en ira, s’en ira pas; une lutte sous la pluie, réussissant, par force extravagance à nous en devenir une danse agréable, et des confidences hardies, que l’un puis l’autre se livreront par soucis d’authenticité, de vérité et de transparence.
Un looser et une fille facile? Un mésadapté social hyper-lucide et hyper-sensible et une femme enfant, paumée. Les deux ayant des troubles de comportements et un vide identitaire. Storoge jouant l’immigrant d’Ukraine, de Léan, la citoyenne d’un pays sans âme.
La question identitaire, toujours cette question identitaire; pourquoi pas plutôt un mal collectif en rupture avec les valeurs modernes, la pression sociale, la réussite, l’argent, la gloire; le dictat de la beauté, de la mode, de la performance sociale et sexuelle?!
Nikolaï qui nous semble de prime abord le plus lucide des deux, s’en sortira-t-il? «Lequel s’en tirera le mieux?» «Clara» de répondre Anne Émond. «Elle a déjà un travail, Nikolaï, lui, ne parvient pas à en conserver un». Bof, pourquoi pas les deux, le temps développe les choses. Cette nuit sera charnière, transitoire, et aura effectivement un effet thérapeutique, ne serait-ce que sur cette dernière.
La qualité du film se trouve rehaussée tant par le talent des interprètes aux charisme séduisant, que par le caractère collectif de son sujet. Identifiant le public au point d’ovationner debout, en fin de projection. Si on souligne ici la qualité de l’œuvre, ses dialogues pointus, et l’audace d’acteurs s’étant livrés corps et âmes pour le besoin de la cause; il semble évident que l’ovation découle également de l’effet miroir du propos sur le spectateur, parfait public cible.
En effet, qui n’a pas déjà eu une ou plusieurs nuits de sexe avec un(e) inconnu(e), se trouvant du même coup, au matin, jaugeant l’autre et se jaugeant soi-même? Nuit #1 est l’attestation d’une période de la vie aux affects chaotiques départagés du corps, et à la sexualité départagée des affects, par laquelle passe bon nombre de jeunes adultes. Simple passage dans la vie de certains, pattern récurrent dans celle de certains autres…
Plus encore que pour son caractère divertissant, Nuit #1 est anthropomorphique, il pourrait être prescrit comme antidote dans votre entourage immédiat, ou du moins comme soin palliatif…
À voir!
Dans la catégorie: Culturel • RVCQ 2012
Mots-clef: 30e rendez-vous du cinéma québécois, 30e rvcq, affiche, anne émond, bande-annonce, catherine de léan, cinéma, culture, Culturel, dimitri storoge, festival, festival de film, festival de films, film, long-métrage, nuit #1, rendez-vous du cinéma québécois, rvcq, rvcq 2012
