Deux frères et le macabre silence de la maladie
Hugo PRÉVOST
La plus grande douleur est souvent celle que l’on tait, par honte ou par désir de ne pas blesser les autres. La pièce Frères, jouée au Théâtre Prospero, est d’ailleurs l’illustration parfaite du non-dit, d’un état de grâce maudit des dieux alors que la maladie ravage peu à peu les espoirs, les rêves et l’affection de deux frères.
Un seul décor dans ce huis clos : celui d’une chambre d’hôpital, probablement en Italie, là où la pièce a été créée. Dans un lit situé au centre de la pièce, un homme se meurt lentement (Benoit Rioux), rongé par une maladie honteuse, une maladie que tous devinent mais dont personne ne prononce le nom.
Arrive le frère du malade (Émile Proulx-Cloutier, en grande forme – sans jeu de mot vaseux), heureux de s’occuper de soigner son proche, de le laver, de le changer… le tout sur fond de messe, en allant même jusqu’à calquer ses gestes sur les sacrements.
La religion est effectivement archi-présente dans cette pièce, un apport qui vient cimenter la diamétralisation des thèmes de la maladie – contractée habituellement lors de relations sexuelles non protégées – et de la rédemption, qu’Émilie Proulx-Cloutier semble vouloir obtenir pour son frère, certes, mais, parallèlement, également pour lui même. Au-delà de son côté un peu simple d’esprit qui fait parfois rigoler le public, on sent un désir brûlant de recevoir le pardon divin des mains du tout-puissant. Son personnage a-t-il péché? Nul ne le sait, mais on serait porté à croire qu’il considère que la maladie de son frère est également en partie de sa faute. Il est également parfaitement conscient de la certaine vacuité de ses efforts. Son frère va mourir, qu’il soit là pour l’aider ou non. Peut-être agit-il simplement par bonté? Peut-être veut-il se racheter?
Si Frères instaure une intéressante dualité entre l’importance de la religion et le dévouement à lutter contre ce qui est encore considéré comme la punition divine dans plusieurs endroits du globe, on aurait espéré que Benoit Rioux prennent davantage part au déroulement de la pièce, au lieu d’hériter d’un rôle quasi-muet. C’eût été le moment et les conditions idéales pour une profonde discussion sur la place de la religion et l’impact de la maladie, mais Frères, au demeurant une très bonne pièce, ne s’engage pas dans cette voie.
Frères, écrite par Francesco Silvestri, mise en scène de Luce Pelletier. Au Théâtre Prospero jusqu’au 10 mars 2012.
Dans la catégorie: Culturel
Mots-clef: amour, amour fraternel, benoit rioux, Culturel, dieu, drame, émile proulx-cloutier, frères, hôpital, lien, maladie, messe, mort, photo, pièce, proche, relation, religion, Sida, théâtre, traitement
