Bienvenue dans l’enfer cambodgien

Hugo PRÉVOST

Après avoir lancé leur série de projections mensuelles Docville avec l’excellent Bombay Beach, l’équipe des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) a mis la main sur le terrible Duch, le maître des forges de l’enfer, film qui présente un troublant entretien avec le tristement célèbre Kaing Guek Eav, ancien commandant de centres détention sous le régime Khmer rouge au Cambodge.

Le film est horrible, tout simplement horrible. Réalisé par le grand cinéaste franco-cambodgien Rithy Panh, le documentaire s’inscrit dans la foulée de S21, la machine à mort khmère rouge, autre film du même réalisateur portant sur la sombre période du régime dictatorial qui fera éliminer, par la guerre ou la torture, près du quart de ses concitoyens. Le quart!

Et il est là, devant nos yeux, ce commandant accusé du meurtre d’au moins 12 000 personnes, déjà condamné à 35 ans de prison et, lors du tournage du documentaire, en appel de la sentence. Duch a finalement écopé d’une peine d’emprisonnement à vie au début du mois. On s’attendait à un monstre, on voit un homme asiatique âgé, dans la cinquantaine ou la soixantaine, qui explique calmement de quelle manière le régime fonctionnaire pour interroger – et torturer – ses prisonniers.

Ce qui trouble le plus, dans Duch, le maître des forges de l’enfer, c’est le détachement avec lequel le tortionnaire – et génocidaire? – présente sa vision des faits. Ce n’est pas une lutte contre une religion, contre une appartenance ethnique, c’est simplement… la façon dont les choses se déroulaient. Il ne fait d’ailleurs montre d’aucun remords dans ce témoignage de près de deux heures, entrecoupés de scènes où d’anciens gardes ou détenus parlent de leur expérience dans les lieux mêmes où l’horreur s’est produite.

Les photos, témoignages et extraits vidéo de l’Allemagne nazie sont absolument horrifiantes, mais le recul dans le passé crée une sorte de zone tampon. Après tout, la machine de guerre aryenne a été écrasée il y a bientôt 70 ans, et si le devoir de mémoire persiste, le nombre de personnes ayant connu cette sordide époque est aujourd’hui minime.

Pour le génocide cambodgien, c’est tout autre chose. L’un des principaux artisans des massacres est à l’écran, détendu, rassuré, et parle posément de son endoctrinement au sein du régime, semble détailler avec plaisir les méthodes de torture ou d’interrogation. On manque alors d’imagination pour trouver une méthode de punir cet être immonde sans verser dans la même barbarie.

Duch, le maître des forges de l’enfer, fait partie de ces documentaires essentiels, un portrait froid et analytique, mais ô combien essentiel pour mieux comprendre la folie des hommes qui continue malheureusement à se manifester. Le film sera projeté jeudi 23 février à 19 heures au Cinéma Excentris.

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Dans la catégorie: Culturel

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