RVCQ – The hat goes wild, film hybride et débridé
Anne-Marie PIETTE
Éprouvant quelques problèmes techniques, c’est avec plus d’une heure de retard que fût présenté en première mondiale à la salle Claude Jutra de la Cinémathèque québécoise, en version originale anglaise, le sympathique mais exubérant long métrage The hat goes wild du réalisateur canadien et directeur artistique de l’Ifinitheatre du Mile End Guy Sprung. Bien que retardant toutes les projections de la journée, le problème technique, se raccordant tout à fait au genre, fût un pertinent clin d’œil à ce qui allait suivre.
Filmé en caméra épaule et comportant volontairement : images qui «freezent», pixellisations momentanées, et autres petits escamotages numériques; The hat goes wild se veut le projet vidéo amateur de graduation en beaux arts de Suzanne, jeune teenager, sur le point de fêter ses 18 ans.
En route vers le Lac Bonne chance pour ce qui sera un week-end de camping célébrant leur fin de session, six amis, trois gars, trois filles, encouragés par la caméra de Suzanne -allumée «non stop» pendant tout le voyage- déconnent et nous démontrent dès l’introduction toute leur insouciance, mélange d’immaturité et d’arrogance, mais surtout leurs personnalités propres. Bourlingué dans plusieurs plans, le chapeau de paille estival de Suzanne «The hat», fera figure de mascotte.
À la station service, Pierre et Mike se prennent aux cheveux, les coups volent; et, fous de rage, Pierre, le conducteur attitré de la voiture, reprendra la route en laissant son ex-ami derrière. Si au départ les filles se font du soucis pour Mike, dont Barb et Kathy qui en pincent pour lui, on finira vite par l’oublier. «Who cares». lls ne seront plus que cinq dans la voiture, deux gars, pour trois filles…
Katy en pince pour Pierre, qui en pince aussi pour Katy, mais Barb en pince aussi pour Pierre, bref, il n’y a que Suzanne et le jeune dont le nom nous échappe et que l’on nommera le «sikh» en lien à sa religion et à sa longue chevelure sombre enturbannée, qui nous semblent, pour le moment, plus terres à terres.
Fumants des pétards, se baignant à poil, frenchant allègrement avec ou sans le prétexte de « vérité ou conséquence », sniffant un peu de coke, mais surtout mêlés malgré eux à une intrigue policière et criminelle. Mike leur causera de nouveaux soucis, malgré son absence…
Virant au cauchemar et gore à souhait, The hat goes wild n’est pas dépourvu de poésie; les images de Maarten Kroonenburg, efficaces, comme Katy marchand sur l’eau telle Jésus Christ; voire parfois bucoliques, réussissant à nous rendre réel le point de vu d’une présence lacustre, soupir rauque à l’appui, tandis que les voix de nos charmants djeunes adultes nous parviennent comme un écho lointain.
Film à petit budget, la direction d’acteurs pour la plupart non-professionnels est réussie, ceux-ci offrants une performance authentique proche du documentaire. Normand D’Amour, quant à lui, interprétera un agent de la sûreté particulièrement moron, nous gratifiant de quelques bonnes répliques bien péquenaudes, comme «y’a une couche sa tête» en faisant allusion au turban du jeune homme « sikh ».
Bilingue, anglais, français, mais essentiellement anglophone; The hat goes wild est un film hybride. Le réalisateur, présent à la projection et invité à dire quelques mots avant le visionnement, changera d’ailleurs de langue pour exprimer en français ce petit avertissement teinté d’humour : «C’est les coutumes du Québec du point de vu des anglophones, ça peut faire grincer les francophones.» En fait, tout cela restera assez inoffensif, et si le très bon Laurentie (de Mathieu Denis & Simon Lavoie) sorti à l’automne 2011 et également projeté dans le cadre des RVCQ, viendra contrebalancer une œuvre qui se considérera légèrement critique de l’individu francophone et québécois, The hat goes wild ne va pas aussi loin dans le «malaise français-anglais»; il est plutôt une caricature soulignant avec affection tant les stéréotypes francophones de Québécois frog profonds que les stéréotypes anglophones de blokes sarcastiques, speedés et égocentriques.
Si le cumul des incidents « trash-loufoques » viendra qu’à nous irriter, la cocasserie nous la fera mieux supporter. Au programme, un doigt tranché préservé dans une glacière, un stash de cocaïne, un blow job pour marchander du «cash». Une jeune femme retrouvée morte, «ostie est cute». Bref, un B- pour le projet de Suzanne. Voilà, this is it, The hat goes wild, le chapeau devient comme fou, le monde, sont plus sauvage que la nature…
Dans la catégorie: Culturel • RVCQ 2012
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