Deux campagnes pour soutenir Radio-Canada
Hugo PRÉVOST
Y aurait-il un nouvel espoir pour Radio-Canada? Après avoir subi coup sur coup les attaques de l’empire Quebecor et de son réseau de télévision Sun News, entre autres en raison de la diffusion de la série française Hard via le service en ligne Tou.tv, voilà que le diffuseur public semble effectuer un retour à l’avant-scène médiatique, cette fois sous les auspices bienveillants de syndicats, mais également d’organismes sociaux.
La Centrale des syndicats nationaux (CSN) et le Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC) ont ainsi lancé officiellement, mardi, la campagne Tous amis de Radio-Canada : pour un service de qualité. Cette campagne, présente à travers le Québec et le Nouveau-Brunswick, invite les populations concernées à s’exprimer publiquement en faveur du diffuseur public. Elle demande à ceux qui ont à cœur la société d’État de prendre la parole pour appuyer Radio-Canada-CBC et réclamer un financement adéquat, précisent les deux regroupements syndicaux.
Car c’est bien de financement qu’il s’agit; en tant que société d’État, Radio-Canada dépend en effet de subventions fédérales qui se chiffrent environ à un milliard $ par année. Alors que le spectre d’importantes réductions des dépenses se profile au sein de l’appareil gouvernemental, à Ottawa, la CSN et le SCRC craignent que celles qui seront annoncés lors du prochain budget fédéral menace la survie même de l’institution qui fêtait pourtant ses 75 ans l’an dernier.
L’absence de débat public quant au renouvellement des licences de la SRC auprès du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) inquiète également les deux syndicats, sans compter la remise en question du Fonds pour l’amélioration de la programmation locale et du financement ponctuel pour la télévision.
«Nous voulons que ça cesse, et nous demandons un financement pluriannuel stable et augmenté. Nous estimons que la voix du public est essentielle pour réveiller nos dirigeants et les amener à une réflexion en profondeur du mandat de Radio-Canada/CBC et surtout de ses besoins en financement», précise Alex Levasseur, président du SCRC.
Pour Louis Roy, président de la CSN, l’apport de Radio-Canada-CBC à la société canadienne est gigantesque : «Radio-Canada, par ses contenus de qualité qui favorisent la libre circulation des idées, tant au plan régional que national, représente un outil essentiel au bon fonctionnement de notre démocratie. C’est aussi un rempart qui s’élève contre l’effritement de tout ce qui fait notre différence, et qui nous protège contre l’américanisation de notre société. Radio-Canada-CBC est un service public que je vous invite à défendre, à appuyer, à promouvoir.»
Si Tous amis de Radio-Canada (…) est une campagne aux bases plus traditionnelles, la CSN et le SCRC ne sont pas seuls dans leur lutte contre l’apathie et la mauvaise volonté du gouvernement conservateur; deux organismes de défense des droits des citoyens, OpenMedia.ca et Leadnow, ont eux aussi décidé d’agir pour protéger le diffuseur public et favoriser l’évolution de la SRC en fonction de la nouvelle donne journalistique en ce 21e siècle numérique.
Le premier vise à défendre les droits des citoyens canadiens dans l’espace numérique en plaidant pour un accès plus généralisé à Internet, le tout à des coûts réduits, tandis que le second promeut le développement de la vie démocratique au pays.
Avec leur campagne en ligne Réinventons Radio-Canada, ils invitent les gens de partout au pays à soumettre des idées, par écrit ou sous forme vidéo, pour transformer le mandat de la société d’État pour l’aider à mieux remplir son mandat sous un angle communautaire et rapprocher ainsi la SRC des citoyens.
« Radio-Canada joue déjà un rôle essentiel dans l’écologie médiatique au Canada. La société d’État assure la diversité des voix francophones dans un système qui serait autrement dominé par un ou deux radio-télédiffuseurs du secteur privé, comme prétend le faire l’empire Quebecor. Sans compter que Radio-Canada est un diffuseur d’information, de culture et de divertissement en français, partout au Canada, une offre qui n’existerait pas si on ne s’en tenait qu’aux lois du marché », plaide-t-on sur le site Internet de la campagne.
Si la section francophone, pratiquement vide, a triste mine, la version anglaise regorge de suggestions – plus d’une centaine, qui s’étalent sur plus de dix pages. De la formation en ligne à la mise sur pied d’une plateforme permettant aux Canadiens de répondre aux « attaques » contre le diffuseur public, en passant par une couverture médiatique véritablement indépendante et transparente, tous les espoirs semblent permis pour Radio-Canada et son penchant anglophone.
Toujours sur leur site web, les deux organismes responsables de la campagne précisent que le diffuseur public n’est pas impliqué dans le processus, bien qu’il soit au courant de son existence.
« Nous voulons atteindre trois objectifs : initier une conversation nationale pour réinventer le rôle de Radio-Canada à l’ère des médias participatifs, développer un plan pour permettre à la SRC de prendre la place de meneur dans l’âge numérique et offrir à Radio-Canada la possibilité de construire des outils en ligne et numériques pour favoriser la discussion, l’innovation et de nouvelles méthodes pour rapporter la nouvelle. »
Dans la catégorie: À la une • Société
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Radio-Canada et CBC sont des piliers de la démocratie canadienne. Il est important que tous les regroupements visant des intérêts publics le reconnaisse et en fasse la promotion autant au Québec qu’ailleurs au Canada et voire à l’étranger car RCI y diffuse quotidiennement.
Au-delà de présenter les actualités, de proposer des dossiers fouillés et de diffuser la culture locale et internationale, Radio-Canada recèle d’archives qui devraient être à la disposition des enseignants. À notre ère électronique et avec l’entrée des tableaux numériques dans les écoles, cela est tout-à-fait réalisable.
Protégeons avidement un fleuron d’ici en ces temps où le portefeuille de certains bien-pensants pèse plus lourd que leur moralité.