La nouvelle coqueluche des Montréalais?
Martin PRÉVOST
Le 5 février dernier, la série de l’Orchestre symphonique de Montréal intitulée Les dimanches en musique, nous proposait un programme entièrement slave. Sous la direction de Jacques Lacombe, un habitué de l’OSM, la Norvège, la Finlande et la Russie étaient représentées par de célèbres ambassadeurs.
En début de programme, la Suite no 1, Op. 46, Peer Gynt, d’Edvard Grieg. Chacune des quatre parties a ses particularités et il en a été de même pour l’interprétation offerte par M. Lacombe et ses musiciens. Au matin, s’est révélée pleine de musicalité tout en gardant un tempo plutôt rapide qui ne lui a pas fait perdre une once de clarté. Le doux réveil était sonné et le terrain était bien préparé pour la suite. La mort d’Ase nous appelait au recueillement sans cependant aucune lourdeur. Quant à La danse d’Anitra, on aurait eu envie de la rebaptiser La danse de Jacques Lacombe tant le chef dansait avec l’orchestre, musicalement et… physiquement ! Et pour finir, c’est avec un sens de drame et un rythme intensément soutenu que les musiciens nous ont servi une des plus belles montées dramatiques qu’il m’a été donné d’entendre depuis longtemps, grâce à leur interprétation de Dans l’antre du roi de la montagne.
Vint ensuite le soliste invité, le jeune violoniste Ray Chen, dont c’était la première visite à Montréal et dont Maxime Vengerov a déjà dit beaucoup de bien. L’interprétation de M. Vengerov du Concerto pour violon en ré mineur, Op.47, de Jean Sibelius étant réputée remarquable, l’envie était forte de comparer les deux interprétations. Pas d’inquiétude pour Ray Chen : il est vraiment sur les traces du maître et pas très loin d’ailleurs. Soutenu par un accompagnement presque sans faille de l’orchestre (une attaque un peu faible du deuxième mouvement), le soliste a démontré la très grande maîtrise, et de son instrument, et de la partition. Si sa gestuelle est moins expressive que celle de Vengerov et que la très difficile œuvre a semblé requérir toute sa concentration, M. Chen a tout de même rendu toute la couleur, la finesse et la virtuosité attendues pour ce concerto. Compte tenu de la qualité de sa prestation et de la réception que lui a faite le public de la Maison symphonique, il ne serait pas surprenant qu’il devienne la nouvelle coqueluche du public montréalais. Petit détail, lors du deuxième mouvement : compte tenu de la position des cornistes, on aurait dit que le son de leurs instruments nous parvenait du mur à gauche de la scène. Comme quoi les réglages de l’acoustique de la Maison symphoniques ne sont peut-être pas terminés.
C’est la Symphonie no 3 de Prokofiev qui complétait ce programme. Une œuvre chargée, aux lignes mélodiques parfois parallèles et aux tutti quanti à l’occasion lourds et un peu brouillés. Bref un défi que l’orchestre et le chef ont relevé avec compétence mais peut-être pas avec autant d’aisance que dans la première œuvre de la soirée.
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