Vino veritas
Jeanne DAGENAIS-LESPÉRANCE
Pièce en un acte écrite par Bertold Brecht alors qu’il n’avait que 21 ans, La noce pose un regard acerbe et cruel sur les mœurs petites-bourgeoises. Huit personnages se retrouvent autour d’une table pour le repas de noces : le Marié (Frédéric Lavallée), la Mariée(Stéphanie Cardi), la Mère (Diane Ouimet), le Père (Denis Gravereaux), la Femme (Enrica Boucher), l’Homme (Alex Bispling), la Sœur (Isabelle Leclerc) et l’Ami (Paul Ahmarani).
Farces maladroites de l’Homme, anecdotes ennuyeuses du Père et allusions sexuelles de l’Ami feront peu à peu dégénérer cette célébration en mettant à jour certains secrets gênants des personnages. Le vin aidant, une véritable orgie s’installera dans les lieux. De plus, les meubles construits par le Marié se briseront l’un après l’autre, figurant la déconstruction du couple qui s’opère durant la soirée.
Nombre de références implicitement et explicitement sexuelles, voire incestueuses, appuient habilement le propos du texte sur la débauche petite-bourgeoise. Cela crée des moments allant du franchement inconfortable au vraiment hilarant. À tenir compte cependant si vous comptez offrir des billets à une tante particulièrement prude ou pour inviter quelqu’un à un premier rendez-vous.
Cependant, loin d’être du théâtre psychologique, la pièce déploie une distanciation toute brechtienne, accentuée par la mise en scène de Gregory Hlady. Des références métathéâtrales parsèment la pièce : l’Homme ira même jusqu’à lire à l’Ami un passage de La noce en le louant de savoir si bien ses répliques. Ce sont d’ailleurs dans ces moments autoréférentiels que la mise en scène de Hlady s’avère la plus efficace.
Les moments soudainement figés ou les reprises cycliques de certaines scènes révèlent un travail méticuleux au niveau de la direction des acteurs, qui offrent une performance fascinante en tant qu’ensemble. Le jeu des comédiens dans le développement de leur personnage ne constitue pas le centre d’attention de la pièce, ce sont plutôt les situations créées par l’interaction de tous les personnages qui captive et étonne. Pris individuellement, le jeu théâtral de chacun n’a pas la même force, comme le révèle la finale un peu longue qui offre une scène de couple en préparation à leurs ébats amoureux. Avec le départ des invités, on réalise rapidement que les deux mariés n’arrivent pas à supporter la pièce avec autant de brio qu’en groupe.
À un tout autre niveau, la scénographie de Vladmir Kovalchuk se qualifie simplement comme efficace et juste. Aucune trouvaille géniale et innovatrice à signaler au niveau des costumes et des décors, si ce n’est que les yeux perçants d’un corbeau dans le noir. La pièce se clos en effet sur une note sinistre et surprenante. À découvrir.
La noce, jouée au Théâtre Prospero jusqu’au 11 février
Dans la catégorie: Culturel
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