L’Opéra de Quat’sous traverse le temps

Cassandre CHATONNIER

L’Usine C présente L’Opéra de Quat’sous du 24 janvier au 11 février. Une nouvelle mise en scène brillante de Brigitte Haentjens.

Photo : Lydia Pawelak

Dans une ville où règne la corruption, un escroc semble plus menaçant que les autres; on le nomme Mackie-le-couteau. Bien qu’il soit peu recommandable, la belle Polly s’éprend du ténébreux voyou, si différent de ses prétendants trop bien éduqués. Les amants s’épousent dans le secret. Cependant Polly est la fille de Jonathan Jeremiah Peachum, grand patron du négoce des mendiants, et celui-ci ne souhaite pas que Mackie mette le nez dans ses affaires. Peachum mettra tout en œuvre pour conduire son gendre à sa perte…

La pièce de Brecht, écrite en 1928, est ici re-contextualisée dans le Montréal d’avant guerre, pendant la visite officielle du Roi George VI. Jean Marc Dalpé a (comme toujours) su rendre dans toute sa dimension le langage populaire de Brecht. Le parler est violent dans son contenu, les mots cru, un très bon dosage entre cruauté et humour. Un récit parfaitement servi par le jeu incroyable des acteurs. Le couple Jacques Girard et Kathleen Fortin forment un Monsieur et Madame Peachum à mourir de rire, à la fois sournois et dôles, Marc Béland incarne à la perfection un chef de police corrompu et soumis, Eve Gadouas nous donne d’incroyables performances pendant ses parties chantées, et Sébastien Ricard est un subtil Maquis-le-couteau, haut en couleur, un mélange habile d’ironie, d’hypocrisie et de sadisme.

Mais c’est aussi le travail d’ensemble qui est à saluer. Sur un plateau fragmenté, les personnages se déplacent, glissent, dansent, générant une gestuelle qui frôle le caricatural tout en restant juste, nous offrant ainsi des tableaux vivants tous droit sortis d’un autre temps.

La scénographie d’Anick La Bissonnière est astucieuse, proposant différents plans dans l’espace, autant au niveau de la verticale que l’horizontale. Les plans s’imbriquent les uns dans les autres de manière abstraite et sculpturale, simplicité qui permet aux accessoires de prendre toute leur signification et de donner leurs différentes localisations aux scènes. Un jeu fin de texture de sol nous permet de nous situer dans l’esthétique des années 40, et le bois fait raisonner les pas des personnages, martellement continuel qui évoque les agressions qu’ils s’assènent sans cesse.

Que dire de plus sinon que les Productions Sybillines nous offrent à nouveau une pièce où tous les éléments, du texte, au jeu, en passant par la musique et l’éclairage, viennent se compléter pour former une production de qualité.  Une pièce de 2h30 sans entracte durant laquelle on ne s’ennui pas une seule seconde.

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