Discours sur l’état de l’Union : Obama vise le centre

François Dominic LARAMÉE

Hier soir, le président américain Barack Obama prononçait, devant les deux chambres du Congrès réunies, le dernier discours sur l’état de l’Union avant l’élection présidentielle de novembre. Discours à la fois bilan et programme électoral, couvrant une vaste gamme de sujets, et annonçant des initiatives réformatrices modérées dont plusieurs cherchent à plaire aux électeurs indépendants qui détermineront l’issue du scrutin de l’automne.

En matière économique, le Président a proposé une série de mesures populistes qui provoqueront quelques grincements de dents à Wall Street : création d’une escouade spéciale pour contrer les crimes financiers, punitions plus sévères pour les fraudeurs, fin des subventions à l’industrie pétrolière, impôt minimal à 30% pour les contribuables qui gagnent plus d’un million de dollars par année, mais aussi affrontement annoncé avec les pays qui ne respectent pas les règles du commerce international – Obama a mentionné la Chine à plusieurs reprises – et changements au régime fiscal pour récompenser les entreprises qui rapatrient des emplois aux États-Unis et punir celles qui les délocalisent. «No bailouts, no handouts, no copouts» («Plus de sauvetages, plus de cadeaux, plus d’excuses»), résumait-il. Le président a aussi proposé d’investir 50 pour cent de l’argent économisé en mettant fin aux guerres en Irak et en Afghanistan dans les infrastructures et de consacrer le reste au remboursement de la dette; une approche manifestement conçue pour plaire aux électeurs du centre, à la fois touchés par le chômage et inquiétés par le déficit budgétaire du gouvernement.

D’autres mesures s’inspirent directement du programme des Républicains: réduction de la réglementation et des impôts pour les PME, mais surtout expansion du forage pétrolier et gazier sur les côtes américaines et développement du gaz de schiste autant que des énergies propres. Le journaliste Nate Silver, du New York Times, commentait d’ailleurs ainsi l’évolution du débat en la matière, sur Twitter : «La stratégie énergétique d’Obama en 2012 est celle de [son adversaire Républicain John] McCain en 2008.»

Obama demande aussi au Congrès d’adopter une réforme en profondeur des lois sur l’immigration pour régulariser la situation des enfants d’immigrants illégaux et permettre aux étudiants étrangers qui obtiennent un diplôme universitaire aux États-Unis de s’y installer en permanence: deux mesures chères à l’important électorat latino-américain, qui faisaient elles aussi partie du programme de McCain en 2008, mais auxquelles les Républicains s’opposent maintenant sous l’influence radicalisante du Tea Party.

L’une des initiatives les plus surprenantes concerne la lutte au décrochage scolaire: Obama invite les États (qui sont responsables de l’éducation) à rendre l’école obligatoire jusqu’à 18 ans ou jusqu’à l’obtention d’un diplôme d’études secondaires. Le développement de programmes de formation professionnelles et le contrôle des frais de scolarité universitaires constituent également des priorités pour le président, mais il est resté vague sur les mesures à prendre pour y arriver.

Finalement, en matière de politique internationale, Obama a salué la fin de la guerre en Irak et l’élimination d’Oussama ben Laden, tout en réaffirmant son appui inébranlable à Israël et en n’écartant aucune éventualité («we take no options off the table») pour empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire. Il a aussi conclu son discours avec une des envolées lyriques qui ont fait sa renommée, en encourageant les Américains (et le Congrès) à s’inspirer des forces armées, et plus spécifiquement de la SEAL Team Six responsable de a mission contre ben Laden, pour s’unir et travailler ensemble au bien commun.

La traditionnelle réplique républicaine au discours a été livrée par le gouverneur de l’Indiana, Mitch Daniels, que certains ténors Républicains souhaiteraient voir se porter candidat à la vice-présidence, voire entrer tardivement dans la course à l’investiture présidentielle. Daniels a martelé les thèmes centraux du programme de son parti: baisse des impôts, élimination de la réglementation, attitude «punitive» de l’administration Obama envers les «créateurs d’emplois». Pour Daniels, il s’agissait du début d’une quinzaine mouvementée: il fait face à une fronde d’une partie du caucus Républicain à la législature de l’Indiana, qui s’oppose à sa réforme trop radicale des lois du travail visant à affaiblir les syndicats, et à un fort mouvement de contestation populaire. L’Association des joueurs de la Ligue nationale de football a d’ailleurs promis de se joindre à cette contestation pendant la semaine du Super Bowl, qui aura lieu le 5 février prochain… À Indianapolis.

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