Bombay Beach, la non-ville d’où l’on ne repart pas

Hugo PRÉVOST

Bienvenue à Bombay Beach. Le documentaire de l’artiste vidéo et photographe Alma Har’el, qui sera présenté jeudi soir lors de la première séance de la nouvelle série Docville (dans le cadre des Rencontres internationales du documentaire de Montréal), blesse comme une claque violemment assénée au milieu du visage. Un film coup-de-poing qui ébranle un rêve américain à l’endroit même où il devait se réaliser.

Bombay Beach, en effet, minuscule localité de la Californie, représentait autrefois l’apogée du American Way. Située en bordure d’une mer intérieure crée par le détournement d’une rivière, l’endroit s’est développé comme une station balnéaire accessible et abordable. Finalement désertée, on n’y trouve aujourd’hui que des personnes vivant à la limite du système, ou des individus qui n’ont d’autres choix que de s’exiler dans cet endroit du bout du monde pour rêver de jours meilleurs.

À travers un mélange d’imitations de vidéoclips et de séquences tournées caméra à l’épaule, Bombay Beach présente l’existence des habitants de ce coin d’ex-paradis. De la famille dysfonctionnelle au garçon sur-médicamenté au jeune Noir ayant fui Los Angeles et espérant faire la fierté de sa famille en allant à l’université, en passant par les aînés n’ayant jamais quitté l’endroit, le documentaire trace un portrait troublant et touchant de ce que des mauvaises langues pourraient qualifier de « vrai monde ».

Pas d’histoires de radio poubelle ou de lutte contre « le gouvernement » ici, cependant. Simplement les histoires collées et rapiécées d’individus croyant en la puissance et la solidité des convictions de l’Homme. Et rien d’autre. L’espoir s’est enfui il y a bien longtemps. Ne reste souvent que la résignation ou la nostalgie.

Avec une musique signée Beirut et Bob Dylan, avec ses prises de vues psychédéliques, Bombay Beach vient représenter la petite Amérique, celle qui ne fait pas les manchettes. En ce sens, Alma Har’el transcende le documentaire pour atteindre un véritable niveau de pureté cinématographique.

Bombay Beach : un film à voir, donc. Et cela tombe bien, puisqu’il sera projeté au cinéma Excentris jeudi soir.

Dans la catégorie: Culturel

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Commentaires (1)

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  1. Fred dit :

    Un film d’une étrange et horrible beauté…
    à voir absolument.

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